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Roses à crédit - la critique

Débit de paroles

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- Durée : 1h53mn

Loin de tout classicisme, cette adaptation du roman d’Elsa Triolet est une oeuvre originale et parfois difficile d’accès. Son brio formel étouffe parfois les acteurs, mais constitue une expérience cinématographique enthousiasmante.

L’argument : Au sortir de la guerre, Marjoline, une belle adolescente, arrive à Paris. Elle devient manucure dans un luxueux salon de beauté et épouse Daniel, jeune chercheur en horticulture. Elle est au comble du bonheur lorsqu’ils reçoivent en cadeau un appartement au confort moderne. Pour le meubler, elle se couvre progressivement de dettes, malgré l’opposition de Daniel. Son désir obsessionnel de consommer va mettre leur nouveau bonheur en péril.


Notre avis : Après avoir signé quelques oeuvres majeures qui revisitaient avec pertinence l’histoire passée (Plus tard tu comprendras) et présente (Désengagement), Amos Gitaï s’offre une pause littéraire avec cette adaptation d’un roman d’Elsa Triolet publié en 1959. Proposée par les producteurs, cette oeuvre de commande tranche avec l’univers habituellement très politisé de son auteur pour mieux se concentrer sur la naissance de la consommation de masse et ses désastreuses conséquences. Avec un tel sujet, on pouvait légitimement craindre une adaptation formatée sentant bon la naphtaline, d’autant que le livre de Triolet se caractérise par un certain classicisme narratif. Que les amateurs d’Amos Gitaï se rassurent, son Roses à crédit s’éloigne dès la première scène de toute forme d’académisme pour nous plonger dans un univers à la chronologie indéterminée (seules les actualités radiophoniques entendues en voix off permettent de dater précisément l’action). En évitant la reconstitution historique, le cinéaste indique clairement sa volonté de nous parler du monde d’aujourd’hui, notamment dans sa folie de l’achat compulsif. Ce sentiment de modernité est confirmé par un générique de fin brillant où l’on passe en un seul travelling des années 50 à nos jours.
Si la première demi-heure fait preuve d’un brio technique un peu trop voyant (le cinéaste multiplie les plans-séquences audacieux avec multiples changements d’axes et de focales), oubliant au passage de présenter convenablement des personnages noyés dans un dispositif formel contraignant, la suite du film est bien plus convaincante. Une fois que le cinéaste décide de laisser tomber ses expérimentations et qu’il se concentre enfin sur les protagonistes, Roses à crédit prend tout son sens et s’autorise une critique détachée, mais puissante, de l’aliénation des êtres humains, étouffés par un univers entièrement dominé par les objets. Parfois un peu trop glacial ou distant, le long-métrage enferme progressivement ses personnages dans des structures géométriques (immeubles, mobilier au design moderne) qui les isolent du reste du monde. De ce constat amer, Amos Gitaï ne tire aucune leçon de morale et laisse le spectateur libre d’interpréter un dernier plan à la fois superbe par l’ellipse temporelle qu’il suggère, mais également frustrant par son refus de conclure une oeuvre encore en devenir. Porté par l’interprétation inspirée de Léa Seydoux et un casting de brillants seconds rôles (excellentes Valeria Bruni-Tedeschi et Arielle Dombasle), Roses à crédit n’est pas un film qui se donne facilement, mais qui constitue une adaptation moderne et dépoussiérée d’un livre trop classique.

La bande-annonce : ICI

Virgile Dumez




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