Année de production : 1944
Ce film de propagande efficace reste regardable aujourd’hui grâce à une bonne réalisation et à des acteurs au top niveau.
L’argument : Durant la Seconde Guerre mondiale, un truand condamné à la guillotine réussit à s’échapper lors d’un bombardement. Une fois évadé, il décide de se livrer aux Allemands en s’accusant du sabotage d’un pont, évitant ainsi une mort certaine aux centaines d’otages pris au hasard dans la région par les nazis excédés...
Notre avis : Cette cinquième et ultime collaboration entre le cinéaste Raoul Walsh et l’acteur Errol Flynn n’est sans nul doute pas leur meilleur effort commun, surtout si on le compare avec des œuvres aussi brillantes que La charge fantastique (1941) ou encore Gentleman Jim (1942). Métrage de propagande visant à soutenir l’effort de guerre et la Résistance française, Saboteur sans gloire (1944) n’est pourtant pas sans qualité. Tout d’abord, il a le mérite de présenter une France crédible alors que le tournage a intégralement eu lieu en studio à Hollywood - même la baguette et le béret ont été remisés au placard, c’est dire. Ensuite, les scénaristes ont eu l’excellente idée de placer au centre de leur intrigue un anti-héros, figure typiquement américaine de l’individualiste forcené, dont on se demande à chaque instant s’il est sincère ou non. Cette marche vers une rédemption incertaine prend alors une allure plus dramatique et permet au réalisateur de dresser de beaux portraits de personnages tiraillés entre leurs désirs profonds et leur sens du devoir et de l’honneur.
Enfin, ce drame intimiste se révèle souvent passionnant grâce au jeu nuancé d’Errol Flynn, toujours aussi séduisant, et à l’interprétation habitée de Paul Lukas qui venait tout juste de recevoir un Oscar pour sa prestation remarquée dans Quand le jour viendra (Herman Shumlin, 1943). La jeune Faye Emerson, ici fraîche et touchante, a quant à elle fait une carrière éclair au cinéma, avant de rejoindre le petit écran. Avec un grand sens du suspense, Walsh arrive à intéresser le spectateur jusqu’au final, malheureusement trop évident dans sa volonté d’appeler les Français à la résistance. Ces dernières séquences avec pour fond musical La Marseillaise sont typiques des films de propagande de l’époque : ce manque de finesse stylistique se retrouve également sur le plan thématique par l’absence totale de collabos parmi les citoyens français. Malgré ces quelques griefs, Saboteur sans gloire apparaît aujourd’hui encore comme un divertissement agréable à suivre.