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Sans toit ni loi - la critique

Bonnaire vagabonde pour Varda

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- Festival de Venise 1985 : Lion d’or - Prix FIPRESCI - OCIC Award

- Césars 1986 : Meilleure actrice pour Sandrine Bonnaire

- Syndicat Français de la Critique de Cinéma 1986 : Prix du meilleur film

Une jeune fille sans domicile fixe erre sur les routes de France. Un Lion d’or à Venise pour Agnès Varda et un César pour Sandrine Bonnaire.

L’argument : Une jeune fille errante est trouvée morte de froid : c’est un fait d’hiver. Etait-ce une mort naturelle ? C’est une question de gendarme ou de sociologue. Que pouvait-on savoir d’elle et comment ont réagi ceux qui ont croisé sa route ? La caméra s’attache à Mona, racontant les deux derniers mois de son errance. Elle traîne, installe sa tente près d’un garage ou d’un cimetière. Elle marche, surtout jusqu’au bout de ses forces.

Notre avis : La sortie de Sans toit ni loi eut lieu dans le contexte historique de la France inégalitaire des années 80, avec ses yuppies, ses anciens soixante-huitards convertis aux vertus du marché mais aussi ses nouveaux pauvres, mi-clochards, mi vagabonds, que l’on appellera alors « sans domicile fixe », euphémisme aussi politiquement correct que « non voyant » ou « sans emploi ». Le taux de chômage n’en finissait pas de grimper et Coluche développait les Restos du coeur, la logique associative et caritative prenant le relais d’un État-providence remis en cause. Du passé de Mona, nous ne savons rien, à l’exception de quelques informations sorties de sa propre bouche. Titulaire d’un bac technologique option secrétariat, elle a été employée dans des bureaux avant de décider de couper tout pont avec le monde du travail, ses petits chefs emmerdeurs et la société en général. De sa famille, nulle indication, ni de son ancien réseau d’amis et de connaissances. Mona erre sur les routes de France et n’est guère causante, n’entretenant de contacts furtifs qu’avec des agriculteurs locaux à qui elle demande un peu d’eau, des allumettes, un job, ou alors des squatteurs de son âge aussi paumés qu’elle. Le film fut une manne pour les pages société des journaux et les analyses sociologiques, la désaffiliation volontaire et progressive de Mona mettant en exergue la difficulté de cohésion d’une société créant désillusion et déclassement chez les jeunes. La fuite en avant de Mona, sans but et sans projet, est l’histoire d’une jeune femme qui survit et n’attend plus rien. Agnès Varda est subtile dans l’aspect documentaire, filmant son anti-héroïne planter sa tente ou demander un plat chaud dans un couvent.

Au fil de ses rencontres, Mona sera amenée à côtoyer des personnalités singulières. C’est le cas de ce berger diplômé, se voulant marginal mais qu’elle trouve trop donneur de leçons, ou de cette universitaire la prenant en stop (admirable Macha Méril), débordante d’humanité et de bienveillance à son égard mais culpabilisée à l’idée de n’avoir pas su la sortir de sa condition... Mais jamais le ton n’est mélodramatique et Varda ose même des situations comiques, telles les digressions concernant une domestique (Yolande Moreau) chargée de s’occuper d’une vieille châtelaine. La construction du film est magistrale, une série de retours en arrière permettant aux différents témoins protagonistes de s’exprimer face à la caméra, éclairant le cheminement tragique de Mona. De longs travellings suivent sa (dé)route, et le montage permet de croiser plusieurs personnages dans un nœud de hasards et coïncidences, l’ex-étudiant de l’universitaire (Stéphane Freiss), s’avérant être également le neveu de la vieille dame. Le recours à des comédiens non professionnels, souvent recrutés dans des villages, pour incarner les seconds rôles, crée une double et paradoxale sensation d’authenticité et de distanciation. Ils encadrent avec aisance Sandrine Bonnaire, incarnant à la perfection cet être sauvage, à la fois dur et vulnérable, antipathique et attachant. Elle obtint pour cette performance le César de la meilleure actrice, quelques mois après le triomphe du film au Festival de Venise où il remporta le Lion d’or. Sans toi ni loi est, avec Cléo de 5 à 7 (1962), le meilleur film de fiction d’Agnès Varda.

- Bande-annonce de Sans toit ni loi

Gérard Crespo




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