Durée : 1h25mn
Interdit aux moins de 16 ans
Entre complément de talk-show et programme de télé réalité narcissique, ce documentaire sexe sur Annabel Chong, porn star névrosée au bord de l’implosion, jadis célèbre pour son record mondial du plus grand nombre d’hommes consommés lors d’un gang-bang, se suit aisément, avec les yeux d’un voyeur, comme un divertissement cocasse mais intrinsèquement opportuniste.
L’argument : Le 19 janvier 1995, Annabel Chong, vingt-deux ans, bat le record mondial du plus grand "gangbang" (deux cent cinquante hommes en dix heures) et devient une star du porno. Qui est Annabel Chong, née Grace Quek en 1972 à Singapour de parents professeurs ? Le réalisateur Gough Lewis la découvre lors d’un show télévisé. Il l’a suivie et filmée pendant plusieurs années, rencontrant sa famille, ses amis, ses professeurs, ainsi que les protagonistes de l’industrie du film pornographique.
Notre avis : Quelle pauvre fille ! C’est la remarque qui nous vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on voit Annabel Chong sur le plateau de Jerry Springer assumer avec fierté et une bonne dose d’agitation névrotique son record tristement célèbre de dévoreuse d’hommes. Celui d’avoir jadis englouti 251 mâles en 10 heures de gang-bang. Record depuis dépassé par d’autres goulues et même relativisé par Annabel Chong, elle-même par la suite. Peu importe. Tous ces chiffres inquiètent. Comment en vient-on à se lancer un défi aussi pathétique, voire dangereux ? Et quelles conséquences mentales et corporelles peut provoquer pareil abattage ?
Ce « doculmentaire », essaie de répondre à ces questions en se focalisant sur la personnalité complexe de miss Chong, une nymphomane passionnée de sexologie, qui réfléchit beaucoup à la sexualité en combattant toute forme de féminisme, comme pour mieux revendiquer ses besoins de prédatrice. Pourtant, par manque de recul, la star - ascendante, puis déchue (la gloire appelle la débauche de drogue, les parasites et la banqueroute) - s’étend moins sur les fêlures qui l’ont conduite à sa boulimie destructrice que sur le baragouinage pseudo intello destiné à miner les tabous bourgeois. Une rébellion de pacotille dans un cercle vicieux, très vicieux même, qui dissimule mal la souffrance de cette femme déracinée, véritable choc des cultures (une Asiatique qui s’est expatriée à Londres puis aux States), toujours au bord de l’hystérie.
Le documentariste, complice, fasciné mais également inquiété par son monstrueux sujet, en révèle plus ou moins subtilement ses contradictions. Il jette des pistes - psychologiques, familiales, culturelles - pour finalement illustrer la quête désespérée de célébrité d’une jeune femme dans un milieu du X qu’on aura connu plus vénal (elle n’œuvrait que pour la gloire et le plaisir, pas pour l’argent). Opportuniste à ses heures, il sombre aussi dans la manipulation malhonnête en créant un suspense mélodramatique autour des tests de sérologie - finalement négatifs - d’Annabel et se sert indélicatement de sa famille pour nourrir le besoin voyeuriste du spectateur face à un sujet idéal de talk show. Mais comment va réagir la maman en découvrant que sa fille est non seulement une salope, mais bel et bien une grosse salope ?!!! Bref, il divertit les foules incrédules sur le mode cocasse de la télé réalité d’avant-garde en parlant franchement de cul (triple pénétration, quand même !), tout en préservant un minimum d’humanité à son interprète qui a depuis un peu sombré dans les oubliettes.