Titre canadien : Coup d’Etat
Faux brûlot politique, ce tout premier film de Roger Donaldson déçoit par son manque de mordant et son rythme languissant malgré un sujet en or.
L’argument : La Nouvelle-Zélande, dans un futur proche. Smith se rend compte que sa femme le trompe, il la quitte et décide de vivre enfin sa vie. Mais le chaos économique dans lequel est plongé la Nouvelle-Zélande a créé un climat de peur. En effet, des forces spéciales pour le gouvernement sont chargés d’éliminer tout contestataire du régime mis en place. Smith se retrouve dans un clan de résistance pour la démocratie. Mais lui prône une attitude non-violente.
Notre avis : Alors que le cinéma australien connaît une véritable renaissance dans les années 70, le voisin néo-zélandais n’est pas en reste, comme le prouve la réalisation de ce tout premier long-métrage de Roger Donaldson tourné en 1977. Ayant débuté dans le documentaire en 1971 avec un excellent reportage sur Burt Munroe (dont il a tiré bien plus tard un film de fiction avec Anthony Hopkins), Donaldson parvient à réunir un budget suffisant pour passer cette fois-ci à la fiction. Il prend appui sur le roman Smith’s Dream de Christian K. Stead qui met clairement en cause les agissements douteux de la droite néo-zélandaise. Nous sommes alors en pleine lutte politique entre les révolutionnaires d’obédience marxiste d’un côté et les forces conservatrices qui s’appuient sur la police et l’armée afin de garder le pouvoir. Donaldson a d’ailleurs été obligé d’effectuer une projection du film terminé au Premier Ministre Robert Muldoon pour obtenir un visa d’exploitation. Autant dire que la suspicion était alors à son comble.
Malgré un postulat de départ plutôt subversif, Sleeping dogs échoue pourtant à communiquer l’essentiel de son propos. A force de laisser le spectateur dans le vague (on ne sait rien du gouvernement en place, et pas beaucoup plus des activistes révolutionnaires, ni de leurs motivations profondes), Roger Donaldson passe à côté de sa dénonciation. Certes, on comprend que le gouvernement manipule l’opinion en fabriquant des attentats pour justifier ensuite une politique répressive, mais le scénario n’est jamais explicite et laisse s’installer un flou pour le moins perturbant. En suivant les pas d’un personnage pacifiste ballotté par les événements, l’auteur se tire finalement une balle dans le pied puisque le spectateur n’arrive jamais à s’identifier à cet homme inconstant et parfaitement incapable de prendre son destin en main. Si l’on comprend la volonté du réalisateur d’opposer les deux camps en les renvoyant dos à dos (ils sont aussi violents et intolérants les uns que les autres), ce refus incessant de prendre parti devient lassant, d’autant qu’on ne croit pas vraiment au caractère pacifiste du héros. Dépourvus de la moindre consistance psychologique, les personnages de Sleeping dogs ne sont finalement que des pantins désarticulés qui ne semblent jamais mus par leurs convictions idéologiques, mais plutôt par les hasards placés sur leur route par un scénariste démiurge. Traversé de quelques jolies séquences (les rêveries sur l’île, les manifestations réprimées dans la violence), ce tout premier film manque cruellement de rythme. Cahin-caha, les bobines défilent sans que le spectateur se sente vraiment concerné par ce qui arrive à l’écran.
Malgré ces défauts multiples et variés, Sleeping dogs a fait l’objet d’une exploitation en salles aux Etats-Unis, ce qui a permis au cinéaste Roger Donaldson de se faire remarquer des grands studios hollywoodiens. Depuis cette époque, il a tourné un nombre conséquent de films commerciaux totalement impersonnels pour le meilleur (Sens unique en 1987, La mutante en 1995 ou encore Braquage à l’anglaise en 2008) et souvent pour le pire (Guet-apens en 1994, Le pic de Dante en 1997 ou bien Le pacte en 2011).
