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Sois sage - la critique

La discrète

- Durée:1h31mn

Le discours fuyant et le manque de subtilité de la cinéaste sur le sujet complexe qu’est l’inceste fait de Sois sage une œuvre rude et nerveusement difficile.

L’argument : Une jeune femme sillonne les routes à bord d’une camionnette. Elle a 20 ans. Elle est boulangère ambulante dans une campagne désertée. Se fait appeler Eve. Se dit portée par une histoire d’amour exceptionnelle. Et s’enchante de se rapprocher chaque jour un peu plus de l’homme qu’elle est venue retrouver. Cet homme qui l’a délaissée. Qu’elle n’a plus le droit de voir. Mais qu’elle veut reconquérir pour donner un sens à ce qu’ils ont partagé alors et, peut-être, comprendre qui elle est.

Notre avis : Le silence inonde le premier long-métrage de Juliette Garcias. L’héroïne de Sois sage est mutique, ne regarde et ne communique avec son entourage que lorsque ce n’est absolument nécessaire. Ce qu’elle pense et ressent reste enfoui, comme un secret. La dissimulation et la tromperie sont les causes du silence de la jeune femme. Elle cherche quelque chose ou plutôt quelqu’un, une réponse qu’elle ne devrait pas désirer. Eve, ainsi se rebaptise-t-elle, repliée sur elle-même, se construit. Ses promenades dans la forêt lui permettent de s’attarder sur l’écorce des arbres, les remous de la rivière, les escargots... Elle s’approprie son corps, apprend à sentir, à toucher, à percevoir sensiblement le monde. Le mot « inceste » n’est jamais prononcé, mais on devine progressivement que c’est ce qui la ronge. D’où l’importance de ces (très) longues séquences de découverte de son corps, d’apprentissage des notions de plaisir et de douleur. A fleur de peau, le silence est sa manière d’exorciser la souffrance créant une atmosphère chargée, une véritable tension.

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© Les Films du Losange

C’est pourquoi, il est difficilement supportable d’ajouter à ces séquences sur le fil, une ambiguïté. Le propos de la réalisatrice n’est pas clair. Les affrontements entre le père et la fille s’enfoncent dans un mélange de souffrance pour la victime, l’indifférence du père, un complexe d’Œdipe mal résolu, le syndrome de Stockholm... Le sujet est biaisé par des dialogues aux multiples interprétations. Sois sage ne convainc que lorsque l’on s’intéresse à l’évolution de la jeune femme, sa douloureuse expérience étant présentée peu subtilement. Pourquoi tout à coup, alors que l’éclairage de jour est majoritairement « naturel », se retrouve-t-on dans une ambiance fantastique, de nuit, en caméra subjective, à écouter des murmures sordides ? Juliette Garcias a manifestement cherché à ne pas être dans un discours trop explicite (pour ne pas choquer ?), mais les non-dits et les sous-entendus créent un malaise supplémentaire, le spectateur ne sachant pas à quoi s’attendre ni quelle est l’intention de la cinéaste.

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© Les Films du Losange

Sois sage est donc un métrage qui aborde un sujet tabou mais qui n’ose pas lui-même l’aborder de front. L’interprétation toute en retenue d’Anaïs Demoustier offre à son personnage une profondeur et une délicatesse qui ne sauve malheureusement pas le film d’un discours bancal et d’une atmosphère malsaine.

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© Les Films du Losange
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© Les Films du Losange
Marine Bénézech

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