Titre vidéo : Eaux troubles
Une série B sénile par un jeune cinéaste que l’on croyait prometteur. Un oxymore cinématographique autour d’un crocodile peu vorace qu’on aurait aimé plus agressif et moins apathique.
L’argument : Australie. L’écrivain américain Pete McKell rejoint un groupe de touristes pour une croisière sur les eaux sauvages du Kadaku National Park. Mais à la suite d’un étrange accident, leur embarcation fait naufrage et, alors que le groupe attend en vain d’être secouru, un crocodile géant apparaît à la surface de l’eau...
Notre avis : De la part de Greg McLean, le réalisateur de l’angoissant Wolf Creek, l’on pouvait s’attendre à un choc, un condensé d’adrénaline, d’ambiance pesante et de sauvagerie à l’état brut. Pourtant, le réalisateur s’est prématurément assagi. Au lieu de relancer le genre des 30 millions d’ennemis en vogue dans les années 70 grâce au succès des Dents de la mer et vaguement remis au goût du jour dans les années 90 par un Anaconda de bien sinistre mémoire, il noie tous nos espoirs dans une rivière de clichés bien peu profonde et vaseuse.
Malgré son budget cossu estimé à 20 millions de dollars, le naufrage est total. Script inexistant laissant une bande de touristes insupportables en rade le long d’un rivage australien en proie à un crocodile géant ; absence totale de psychologie ; morts peu violentes sans aucune inspiration ( et bien peu nombreuses quand on voit le potentiel d’idiots à croquer) ; musique niaise ; mise en scène plate ; ambiance exotique de pacotille, obscurité persistante et surtout absence gênante du crocodile sans cesse dissimulé par un cinéaste avare. Rogue sonde les tréfonds d’un genre reptilien décidément très mal loti après les séries Z des années 80 (Alligator, Killer crocodile 1 et 2), l’échec du pourtant fantaisiste Lake placid à la fin des années 90 et la tentative de revival lamentable de Primeval en 2007.
Finalement, il vaut mieux revoir l’efficace L’incroyable alligator de Lewis Teague, et surtout l’inénarrable Crocodile fury en VHS pour se payer une vraie bonne tranche de fou rire face à son reptile volant, plutôt que s’assoupir devant cet abîme de crétinerie qui s’ouvre quand même sur la mort d’un buffle (le comble du suspense pour un film d’aventure horrifique) ! De là à dire que même un documentaire animalier peut s’avérer plus effrayant, il n’y a qu’un pas que l’on se permet de franchir volontiers.
