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Sudden impact, le retour de l’inspecteur Harry - la critique

L’ange de la vengeance

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- Année de production : 1983

Quatrième volet des aventures de l’inspecteur Harry, Sudden impact est un vigilante movie réactionnaire en grande partie sauvé par un humour sous-jacent.

L’argument : Violée dans sa jeunesse par une bande de brutes de la petite ville de San Paulo, l’artiste peintre Jennifer Spencer décide de retrouver chacun de ses agresseurs et de les tuer. Excédée par ses méthodes et soucieuse d’éviter les foudres de la presse, l’administration policière décide d’envoyer l’inspecteur Harry Callahan loin de San Fransisco. Chargé d’enquêter sur un meurtre à San Paulo, il va faire la connaissance de Jennifer...

Notre avis : Lorsqu’il se lance dans la réalisation, Clint Eastwood alterne sans cesse projets personnels (Breezy, Josey Wales, hors-la-loi, Bronco Billy ou encore Honkytonk man) et films purement commerciaux (La sanction, L’épreuve de force, Firefox, l’arme absolue). Les seconds ont pour but avoué de financer les premiers, plus difficiles à imposer auprès des producteurs hollywoodiens. Autant dire que lorsque le grand Clint annonce en 1983 qu’il va tourner lui-même le quatrième volet des aventures d’Harry Calahan intitulé Sudden impact, l’ambition n’est évidemment pas de bouleverser la planète avec une œuvre puissante, mais bien d’engranger les dollars en capitalisant sur une valeur sûre. Accusé durant les années 70-80 par une grande partie des critiques d’être le porte-parole d’une idéologie fasciste, Clint Eastwood semble ici s’amuser à confirmer toutes les théories des journalistes. Effectivement, au premier coup d’œil, il semble difficile de faire plus réactionnaire que ces deux heures consacrées à mettre sur un piédestal la loi du talion. Ainsi, dès le début du film, l’inspecteur Harry n’hésite pas à descendre les criminels sans l’ombre d’une hésitation. Au passage, les spectateurs avisés remarqueront que les bandits en question sont tous des Noirs. Si l’on ajoute à cela un véritable fétichisme lié aux armes (attribut nécessaire de la virilité), on obtient en apparence un sommet en matière de vigilante movie à tendance réactionnaire.
Pourtant, à y regarder de plus près, Sudden impact ne tient pas un discours aussi radical qu’il en a l’air. Tout d’abord, Clint Eastwood introduit dans le métrage un humour qui était absent des précédents opus. On voit ainsi le flic incorruptible affublé d’un chien pathétique en train de poursuivre des truands à l’aide d’un bus d’une maison de retraite, tandis que le personnage multiplie les répliques savoureuses destinées à devenir culte (le fameux Vas-y ! Fais-moi plaisir !). Outre l’humour qui introduit une certaine distance critique vis-à-vis du personnage principal, l’audace de Sudden impact est de proposer une théorie qui contredit en partie les accusations de fascisme qui collent à la peau de l’acteur. En opposant ici Harry à son double féminin, une redoutable tueuse en série, Clint Eastwood renvoie dos à dos tous ceux qui prônent la justice expéditive et démontre qu’il n’y a dès lors plus aucune frontière entre la police et les criminels qu’ils pourchassent. D’ailleurs, Eastwood a poursuivi cette intéressante réflexion dans son film jumeau La corde raide, réalisé par Richard Tuggle l’année suivante.
Alors que Clint Eastwood cite souvent comme maîtres à penser son mentor Don Siegel, il est impossible de ne pas songer à Alfred Hitchcock lorsque l’on visionne son long-métrage. Tout d’abord, le personnage de tueuse névrosée évoque immanquablement la Marnie du maître du suspense ou encore le double personnage féminin de Sueurs froides. La citation est même explicite lorsqu’une séquence d’action se déroule dans un carrousel, tout comme dans L’inconnu du Nord-Express. On regrettera donc que le cinéaste ne soit jamais vraiment à la hauteur de ses prestigieuses références. Son polar manque de nerfs, même si le cinéaste parvient à créer une atmosphère trouble et malsaine durant la seconde heure du métrage. Il faut dire qu’il n’est pas vraiment aidé par la prestation pour le moins décevante de Sondra Locke, actrice dont on saisit ici toutes les limites. L’histoire, trop délayée, n’arrive pas à distiller la tension et le suspense nécessaires pour faire de ce spectacle divertissant un moment mémorable.
Ces quelques chutes de rythme n’ont pas empêché le film de cartonner au box-office américain où il a glané plus de 67 millions de dollars de recettes, se classant 7ème de l’année (Source ici). Le succès est également au rendez-vous en France où le film dépasse les 110 000 entrées en première semaine (plus gros succès pour un Clint Eastwood à l’époque) pour finir sa carrière avec 937 881 entrées. Pari réussi, donc.

Virgile Dumez


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