Reboot, remake, réadaptation… Appelez-le comme vous voulez, le Spiderman 2012 est certes de qualité, mais il est surtout totalement inutile !
L’argument : Abandonné par ses parents lorsqu’il était enfant, Peter Parker a été élevé par son oncle Ben et sa tante May. Il est aujourd’hui au lycée, mais il a du mal à s’intégrer. Comme la plupart des adolescents de son âge, Peter essaie de comprendre qui il est et d’accepter son parcours. Amoureux pour la première fois, lui et Gwen Stacy découvrent les sentiments, l’engagement et les secrets. En retrouvant une mystérieuse mallette ayant appartenu à son père, Peter entame une quête pour élucider la disparition de ses parents, ce qui le conduit rapidement à Oscorp et au laboratoire du docteur Curt Connors, l’ancien associé de son père. Spider-Man va bientôt se retrouver face au Lézard, l’alter ego de Connors. En décidant d’utiliser ses pouvoirs, il va choisir son destin…
Notre avis : Après le claquement de porte de Sam Raimi et de son comédien Tobey Maguire suite à des différends artistiques sur le 4e volet de la franchise Spider-man, Columbia et Marvel n’ont pas abandonné le projet de poursuivre les aventures de l’homme araignée sur la grande toile, chaque épisode de la trilogie ayant rapporté plus de 300 millions de dollars rien qu’aux USA, voire même 400 millions pour le segment originel ! Très vite écartée, l’idée d’un nouvel épisode frais du scénario avec une intrigue bien à lui se dissipe très vite, vaincue par la paresse ambiante d’une industrie sclérosée par la quête du chiffre sans risque qui ne met plus en chantier que des suites, remakes ou reboots, alors que le public américain semble pourtant se détourner de plus en plus de ces produits de consommation facile.

A la consternation des fans qui en dix ans n’ont pas encore été foudroyés par Alzheimer, Columbia Pictures décide donc de repartir à zéro, en revenant sur les origines de Peter Parker. On nous le montre gamin, le temps d’une séparation douloureuse d’avec ses parents ; les scénaristes reviennent sur ses années lycée - son manque de confiance en lui et les brimades qu’il subit -, et évidemment ils réinventent la scène de la piqûre d’araignée génétiquement modifiée qui va pouvoir lui permettre de vivre sa crise d’adolescence de façon exponentielle en montrant de quoi le geek qu’il est peut se montrer capable (ce qui est toujours bon pour l’empathie survoltée des spectateurs de son âge)… Plus d’une heure de mise en place connue qui calme l’enthousiasme alors que toutes les formules inhérentes au genre sont déployées dans une forme de bégaiement artistique un peu gênante. Le mal-être ado, capuché, le nez rougi d’émotions, est surexploité et Andrew Garfield, 28 ans, très convaincant, a beau y mettre tout son talent, il n’apporte rien d’exceptionnel à son incarnation de super héros néophyte. Ce qui faisait l’originalité de Spider-man en 2002, sa perspicacité psychologique universelle qui contredisait la nullité des productions héroïques des années 80/90 (remember Superman 4, hein, ou Batman 3 & 4 ), n’est plus que redite aujourd’hui. On baille.

Le cinéaste Marc Webb, issu du clip et de la comédie romantique à la sauce Sundance (500 days of Summer) est donc contraint de faire les choses proprement, sans prendre le moindre risque, versant dans la confusion psychologique avec pincée de noirceur et alignant quelques enjeux sentimentaux de l’ordre de la vignette illustrative, avec le personnage de Gwen Stacy, joué par la mordante Emma Stone, qu’on avait déjà aperçu dans le 3e film Spidey movie de Sam Raimi sous les traits de Bryce Dallas Howard. Au moins on saura gré aux scénaristes de ne pas avoir réintroduit la Mary Jane Watson si importante dans la trilogie de Raimi pour éviter la redite totale !

Quid du grand spectacle à effets spéciaux dans ces conditions ? C’est après tout à ce niveau que le nouveau Spider-man est attendu ! Loin de la bande démo assez catastrophique dévoilée lors des premiers teasers, Spider-man fait, là également, ce qu’on attend de lui, sans plus. Pas de surenchère, ce n’était déjà pas l’ambition de Raimi, mais un dosage équilibré entre les moments intimistes et les séquences abondant d’effets numériques. Les escapades aériennes du jeune justicier arachnéen sont certes de toute beauté, animées par des techniques virtuelles solides, mais aussi un vrai sens du cadrage du réalisateur, toutefois elles ne laissent aucune impression mémorable. Les quelques moments spectaculaires notamment face au vilain de service sont aussi canoniques. Le Lézard joué par Rhys Ifans qu’on a connu plus extraverti, n’arrive pas au niveau du Bouffon vert ou du Docteur Octopus des deux premiers films, et semble bien fade malgré des transformations encore une fois parfaitement correctes.

Au final, The Amazing Spider-man porte très mal son titre, puisqu’effectivement il ne propose absolument rien d’étonnant, à part peut-être une scène catastrophique, plombée par les bons sentiments, où les grutiers de la ville s’unissent et alignent leur engin pour permettre à Spider-man, blessé, de se frayer un chemin jusqu’à la tour où sévit le Lézard. Si l’on ferme les yeux sur cette maladresse très américaine, tout relève du bon film de super-héros. Interprétation, réalisation, musique (James Horner offre un score assez harmonieux qui se distingue de celui de Danny Elfman)… on aime à peu près tout dans cette grosse production de qualité, tout sauf qu’encore une fois, on s’en fout un peu !

