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The Brooklyn Brothers - la critique

Sur la route

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Auteur-compositeur, Ryan O’Nan explore avec The Brooklyn Brothers, l’élan et la tourmente musicale d’un artiste en éternel devenir. Léger et substantiel à la fois.

L’argument : Largué par sa petite amie, Alex Logan, chanteur compositeur, est sur le point d’abandonner son rêve d’être artiste. Il rencontre Jim, musicien révolutionnaire autoproclamé, qui le convainc de poursuivre son idéal. Ils fondent ensemble les Brooklyn Brothers et s’embarquent dans un road trip improvisé à travers les états unis. Le point culminant ? Un concours tremplin entre plusieurs groupes de muisque à Los Angeles. Alex et Jim se construisent un style mysical unique en proposant à leur public le son de jouets pour enfants. Les deux compères donnent une série de concerts grotesques et se retrouvent très souvent au bord de la catastrophe. La persévérance des Brooklyn Brothers, rejoint par la jeune manager Cassidy, les porte vers un voyage iniatiqueaui pourrait bien être leur dernière tentative pour réaliser leurs rêves de jeunesse.

Notre avis : A première vue, le pari de The Brooklyn Brothers semblait perdu d’avance. Un musicien autoproclamé cinéaste entame un récit autobiographique réalisant une énième comédie indé gavée de cool-attitude et de bons sentiments. Pourtant, avec ce premier long métrage, O’Nan réussit à surprendre, émouvoir et amuser. Une finesse d’écriture et une tristesse légère font de cette comédie une expérience délicieusement rafraîchissante. Musicien à la dérive, Alex patauge dans le grand bain new-yorkais. Entre deux boulots et un chagrin d’amour, il tente de trouver un groupe où il pourrait enfin révéler son talent. Sur le point de perdre espoir, il rencontre Jim. Aussi paumés l’un que l’autre, ils s’embarquent dans un projet complètement fou : une tournée improvisée à travers les Etats Unis. A mi chemin entre le voyage initiatique et le roman d’apprentissage, Brooklyn Brothers est une histoire de grands enfants. Jouant sur une batterie d’instruments Fisher Price, nos deux rêveurs mêlent dans leurs chansons, souffrance, résilience et innocence. Un mélange étonnant et détonnant saupoudré d’une forte note d’originalité. Armé de leur entraînant répertoire, le duo s’invite partout, surtout là où l’on ne l’attend pas. Plongés dans cette folle aventure, Jim et Alex rencontrent Cassidy. Devenue leur manager, elle profite de l’occasion pour s’échapper de son quotidien et prend, elle aussi, la route. Perdu quelque part entre l’utopie et l’abandon, Alex est un résistant des temps modernes. Déterminé à vivre de sa musique, il endure la pauvreté, la solitude, et l’échec sans sourciller. Son désespoir, il compose avec et l’illustre en chanson. Dans sa tête, une seule question : Combien de temps encore pourrais-je faire ça ? Autodidacte, Ryan O’Nan a, comme son personnage, appris sur le tas. Une expérience qu’il partage dans Brooklyn Brothers, abordant sous plusieurs angles sa relation à l’art et montrant à quel point ’’elle pouvait être malsaine, sensuelle, belle et angoissante’’. Mais loin de se focaliser sur son état de musicien, O’Nan mène en bord de route une réflexion plus large sur le conformisme de la société américaine. Héros westernien par excellence, Alex est un marginal qui ne trouve pas sa place. Pour sa famille, il est le ’’gaucho athée’’ doué d’une intelligence mal exploitée et atteint d’une incurable révolte. En clair, il fait tache. Esthétiquement parlant, Brooklyn Brothers est merveilleusement imparfait. Ecorchée, ternie et sautillante, l’image traduit avec spontanéité le désir de liberté des personnages. Dans le cadre, la lumière sobre et naturelle éclaire d’authenticité la quête d’Alex, Jim et Cassidy : se faire une place au soleil. C’est sûr, rien de très original dans ce vieux rêve américain. Mais dans Brooklyn Brothers, la problématique de la gloire s’ajoute à celle de l’identité et de l’acceptation de soi. Assis près de son neveu, Alex apprivoise de sa guitare la monstruosité toute américaine d’être en apparence ’’différent’’. Un peu trop consensuel parfois, le film reste une vraie bouffée d’air frais porté par un casting impeccable. Micheal Weston (connu pour avoir joué dans les séries Six Feet Under et Dr House) brillant d’extravagance dans son rôle de doux rêveur, donne au tandem Jim/Alex, un joyeux grain de folie. Gentiment décalé, Brooklyn Brothers s’applique à affirmer malgré la tempête, la nécessité d’imaginer des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue quand on les poursuit. Une balade songeuse, subtile et émouvante qui redonne le sourire à l’enfant qui sommeille en chacun de nous. Touchant.

Estelle Charles




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