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The dirty picture - la critique

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Un biopic intéressant par ce qu’il révèle de l’industrie bollywoodienne, mais desservi par une réalisation sans éclat et des numéros musicaux déplorables. A réserver aux amateurs de Bollywood.

L’argument : Au début des années 80, à la veille de son mariage, Reshma s’enfuit de son petit village pour rejoindre Madras, où elle rêve de devenir star de cinéma. Malgré l’indifférence et les railleries, elle s’obstine et parvient à s’introduire sur un tournage où sa sensualité fait sensation. Rebaptisée Silk, elle est remarquée par Suryakanth une star vieillissante avec lequel elle a une liaison. ce qui lui ouvre les portes de nombreux plateaux. Ses danses provocantes et ses tenues légères en font une vamp qui attire les foules masculines tout en suscitant le mépris et le rejet chez certains spectateurs...

Notre avis : Inspiré par le destin tragique de l’actrice Silk Smitha (1960-1996), The dirty picture est un biopic retraçant la vie hors du commun d’une jeune fille qui s’enfuit de chez elle avant d’être mariée contre son gré et qui décide de tout faire pour devenir une star du cinéma. Repérée au début des années 80 par des producteurs désireux de capitaliser sur ses charmes, la jeune femme rebaptisée Silk est devenue en peu de temps la Brigitte Bardot locale. Déclenchant les foudres des censeurs et des ligues de vertu, la starlette affole les hommes et le box-office national par l’audace sexuelle de ses films. Toutefois, l’âge a fini par avoir raison de ses ambitions et la star vieillissante est peu à peu tombée dans l’alcool avant de se suicider à l’âge de 36 ans. Ce destin incroyable avait tout du scénario idéal, ce qui n’a pas échappé à Bollywood.
Toutefois, le traitement du sujet diffère légèrement par rapport aux autres productions locales. Ainsi, la description du star-system est loin d’être constituée d’images d’Epinal. Le cinéaste insiste plutôt sur la vanité des stars, sur les prétentions artistiques de réalisateurs qui n’aspirent pourtant qu’à la notoriété, et enfin sur l’aspect purement mercantile d’une industrie cherchant avant tout à faire des profits au détriment de toute créativité. Le constat est donc cinglant, ce qui donne lieu à des séquences assez réjouissantes où tout le monde en prend pour son grade. Parfois assez noir, The dirty picture a également la particularité de parler ouvertement de sexe (ce qui est interdit en Inde) et de proposer quelques séquences à la sensualité troublante. Rien de bien affriolant pour le public occidental, mais cette évolution est tout de même notable dans une industrie généralement très pudibonde.
Malheureusement, toutes les bonnes intentions du cinéaste se heurtent à la médiocrité d’une réalisation qui fait parfois songer aux telenovelas brésiliennes. Sans imagination aucune, la mise en scène de Milan Luthria n’arrive jamais à la cheville du brio formel des autres productions Bollywood et pâtit d’une direction d’acteurs aléatoire. Incapable de sublimer son scénario ambitieux, le réalisateur n’échappe pas au kitsch local et succombe même à la règle immuable des numéros chantés et dansés. Filmés sans génie et accompagnés d’une atroce musique qui évoque parfois les comédies Z françaises du début des années 80, ces séquences n’apportent strictement rien à la narration et ralentissent un peu plus le rythme languissant d’une œuvre qui dure quand même plus de deux heures et demie. Si l’ensemble reste agréable à regarder, The Dirty picture est donc à réserver aux amateurs de films made in Bollywood. Les autres pourront passer leur chemin.

Virgile Dumez