Accueil > Les réalisateurs > K > Kolirin, Eran > The exchange - la critique

The exchange - la critique

Vis ma vie !

Acheter sur Priceminister

A mille lieues de La visite de la fanfare, le nouveau film d’Eran Kolirin est une œuvre austère et difficile d’accès qui se rapproche des expériences filmiques d’Antonioni. Pour aventuriers du septième art.

L’argument : Contrairement à ses habitudes, Oded rentre chez lui au beau milieu de la journée. À cette heure-ci, la lumière est différente et on perçoit seulement le bourdonnement du frigidaire. Pendant quelques instants, il a le sentiment de pénétrer chez un inconnu car sa maison est vide et silencieuse. Oded rentre chez lui et porte sur sa vie un regard nouveau, avec les yeux de l’enfant qu’il était autrefois. Et, comme à l’époque, la vie lui semble pleine de mystères et de cachettes magiques : les couloirs, les vestibules, le grenier… Oded arrête sa course et observe sa vie de l’extérieur : cette vie-là est-elle encore vraiment la sienne ?

Notre avis : Ayant réussi l’exploit d’emporter l’adhésion de la critique et du public dès son premier long-métrage La visite de la fanfare (tout de même 432 178 entrées rien qu’en France), le cinéaste Eran Kolirin se retrouve dans une situation à la fois idyllique et troublante puisqu’il est désormais attendu au tournant quoi qu’il fasse. Au lieu de suivre les traces initiées par un premier essai facile d’accès, le réalisateur a préféré emprunter un autre chemin, au risque de désappointer les admirateurs de la première heure. Au lieu de se laisser guider par une histoire joliment composée, le réalisateur opte cette fois pour un cinéma programmatique qui n’a que faire d’une intrigue linéaire. Marqué par ses nombreux voyages internationaux, Kolirin a eu le sentiment d’être peu à peu dépossédé de sa vie, de ses habitudes, au point de devenir extérieur à sa propre existence. C’est ce trouble psychologique qu’il a tenté d’exprimer à l’écran, à travers l’histoire de ce doctorant qui, parce qu’il rentre un jour en-dehors de ses horaires habituels, décide de changer son point de vue sur le monde et sur sa vie.
Armé de plans séquences fixes (déjà une marque de fabrique dans La visite de la fanfare), le réalisateur parvient à montrer le quotidien morne et répétitif du personnage principal, renforçant ainsi l’impact de la révélation qui le frappe tout à coup. Face à un sentiment de plus en plus prégnant d’effacement du réel, le trentenaire choisit de sortir des sentiers battus et de retrouver une part d’enfance. Non pas par nostalgie, mais pour renaître au monde chaque jour. Pour redécouvrir cette douce sensation de première fois, il se met à toucher les murs, à regarder le monde extérieur avec curiosité, et même à revivre cette expérience de la découverte de soi dans un miroir. Dès lors, son rapport aux autres, et notamment à son épouse, en est profondément affecté. Désormais hors de sa propre vie et cherchant à vivre à la place des autres, le personnage trouve sa vérité, mais perd pied avec ceux qui faisaient partie de son existence antérieure.
Malheureusement, le cinéaste perd au passage une partie des spectateurs tant son histoire est contée en creux. Evitant toute explication psychologique, Kolirin préfère filmer les errances de son personnage au risque d’ennuyer fortement l’audience. Parfois proche du cinéma d’Antonioni (l’effacement du réel, notamment et certains plans urbains qui font songer à L’éclipse), The exchange est une œuvre austère et difficile d’accès qui n’entretient finalement que peu de rapport avec le film précédent du cinéaste. Et ce n’est pas sa fin en queue de poisson qui risque de lui rallier un large public. On peut en tout cas saluer la tentative gonflée d’un réalisateur qui ne tient pas être enfermé dans un seul style. On aurait juste aimé que son second essai soit un peu plus abouti.

Virgile Dumez


Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis