Hésitant entre le film d’horreur, la science-fiction et le thriller, cette série B inégale ressemble à un serial mal maitrisé. Heureusement, Erich von Stroheim sublime ses scènes avec une gourmandise toujours intacte.
L’argument : Le Professeur Franz Mueller conserve le cerveau du magnat de la finance Donovan, tué dans un accident d’avion, afin de mener des expériences scientifiques. Mais, très vite, le cerveau prend le contrôle de l’esprit de l’assistant du Professeur, et tente de séduire la belle Janice.
Notre avis : Librement inspirée du roman Donovan’s brain de Curt Siodmak, adapté de multiples fois au cinéma, The lady and the monster (1944) est une petite production de la firme Republic Pictures, spécialisée dans la série B fauchée. Sur la base d’un scénario alambiqué signé Dane Lussier et Frederick Kohner, la petite compagnie a engagé le cinéaste George Sherman, alors plutôt spécialisé dans le western. On peut d’ailleurs regretter ce choix tant le réalisateur ne semble guère à son aise avec ce type d’ambiance anxiogène. Alors qu’il place délibérément son film sous le haut patronage du Frankenstein de James Whale durant les vingt premières minutes plutôt réussies, Sherman abandonne assez rapidement l’esthétique gothique, lui préférant une approche plus réaliste. Dès lors, le long-métrage s’apparente davantage à un classique film de science-fiction mâtiné de thriller noir qu’à un film d’épouvante.
Heureusement, Sherman peut s’appuyer durant une grande partie du métrage sur le cabotinage de Erich von Stroheim qui donne une réelle épaisseur démoniaque à son personnage d’apprenti sorcier. Il dynamise toutes les séquences où il apparait et permet au film de décoller à de multiples reprises. On ne peut pas en dire autant de toutes les scènes portées maladroitement par l’actrice d’origine tchèque Vera Ralston, dont ce ne fut que la troisième apparition à l’écran, ni de celles avec Richard Arlen (Les ailes en 1927) dont le charisme laisse à désirer. Mais la faiblesse principale de ce Lady and the monster vient de la mauvaise gestion d’une intrigue qui enchaine à une vitesse égale les nombreux retournements de situation au point de les rendre peu crédibles. Au lieu de s’accorder des pauses dramatiques et de laisser respirer son film, George Sherman semble gagné par la fièvre du twist et du cliffhanger, au point de se calquer ad nauseam sur l’esthétique du serial. Au risque de tourner à vide.

Le film est disponible dans le coffret DVD Erich von Stroheim mystérieux dont voici le visuel :
