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The Oregonian - la critique

Du Lynch sans Lynch

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Prix du meilleur long métrage au LUFF 2011

Barré est un qualificatif bien faible pour décrire la démence de ce premier film, entre génie expérimental et foutage de gueule permanent.

L’argument : Une jeune femme quitte la ferme dans laquelle elle a vécu et s’abîme dans un monde inconnu, plein de rencontres hostiles, de réminiscences obscures et de visions bizarres.

Notre avis : Pur film de festival (aux USA, il a été dévoilé à Sundance et en France, il fait partie de la cuvée 2011 de l’Etrange Festival), The Oregonian est l’antithèse de ce que les spectateurs veulent voir dans un multiplexe. Une suite de scènes qui bafouent le raison, toujours agressives sur un plan visuel, harassantes sur un plan sonore, d’une violence excessive, avec de nombreux dérapages à la lisière du burlesque Z.
En effet, le premier long métrage de Calvin Lee Reeder, qui s’était fait un nom à travers des courts tout aussi barges (Little Farm en 2006 ou encore The Rambler en 2008), est l’essence même de ce que hait le commun des mortels au cinéma, a priori une aberration cinématographique qui annihile sciemment toutes les règles de l’art pour n’en garder qu’une, mais pas des moindres, la créativité. Et c’est là que les spectateurs curieux d’étrangetés vont pouvoir se raccrocher.
Evidemment, l’univers que l’on parcourt, constitué de dérapages ubuesques ou de visions hystériques et effroyables qui s’invitent au détour d’un plan furtif, rappelle inéluctablement le cinéma de David Lynch.
Lynchien The Oregonian ? Pas de doute là-dessus, on n’y comprend encore moins que rien. Toutefois le jusqu’au-boutisme du réalisateur est total. Si son "essai" mélange volontairement l’horreur effroyable, le fantastique zarbi et l’humour cocasse, c’est finalement dans l’expérimental que cet OVNI vient trouver sa rédemption. Il est clair qu’on n’est pas là pour chercher du sens - il n’y a d’ailleurs aucun fil narratif -, puisqu’il s’agit d’un d’un cinéma alternatif, authentiquement indépendant, délégué à mettre notre confort et nos sens à rude épreuve.
The Oregonian propose ainsi des expériences incessantes sur l’image (les effets de flash-back, d’accélérés, de ralentissements, de jeux de lumières et de miroir, le travail sur la texture de l’image aussi, mais aussi des ellipses qui nous plongent dans l’obscurité quelques secondes). A celles-ci, il faut ajouter les expériences sonores : la bande-son se complaît dans la démence avec ses tonalités folkloriques, stridentes, envahie par des rires caverneux, des hurlements éreintants, des chansons iconoclastes...
Le spectateur s’en prend donc plein la poire, mais peut-être pas autant que la comédienne principale, Lindsay Pulsipher de la série True Blood, qui nage en plein délire et nous le fait ressentir au travers de son jeu viscéral. Son personnage n’est pas à la lisière de la folie. Il a déjà basculé de l’autre côté, à la suite d’un accident percutant et au gré de rencontres déroutantes : un obèse un peu cracra qui pisse jaune, longtemps, puis rouge, puis noir... Un déguisement vert ambulant qui la suit, un peu partout, les yeux exorbités. Des femmes que l’on croirait possédées par les mauvais esprits de Twin Peaks, qui apparaissent sans raison, gigotent avec des rires à nous glacer les sangs, ou parfois même de façon ridicule (et là c’est voulu), à nous provoquer un sacré fou rire.
Dans cet univers de démence contagieuse, la poésie rurale, notamment des vieilles bicoques en ruines et d’un arrière pays américain qui pourrait être celui de l’Oregon (euh, ça c’est dans le titre, après...) est indéniable. Calvin Lee Reeder est un artiste et pas des moindres. Et ce n’est pas le viol d’un cadavre tailladé dont on va panser les plaies (pendant l’acte !) avec une omelette, qui va nous faire changer d’avis. The Oregonian, c’est du n’importe-quoi, mais dans le genre, c’est du nawak érigé en art.
Pour spectateurs avertis exclusivement.

Frédéric Mignard


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