Un action movie punchy qui convoque le meilleur du polar castagneur et s’érige instantanément comme l’un des plus gros plaisirs coupables de l’année.
L’argument : Au cœur des quartiers pauvres de Jakarta, se trouve une citadelle imprenable dans laquelle se cache le plus dangereux trafiquant du pays. Une équipe de policiers d’élite est envoyée donner l’assaut lors d’un raid secret mené aux premières lueurs du jour. Mais grâce à ses indics, le baron de la drogue est déjà au courant et a eu amplement le temps de se préparer. A l’instant où le groupe d’intervention pénètre dans l’immeuble, le piège se referme : les portes sont condamnées, l’électricité est coupée et une armée d’hommes surentraînés débarque. Piégés dans cet immeuble étouffant, les policiers vont devoir se battre étage après étage pour avoir une chance de survivre.
Notre avis : Prenez les grosses descentes à la Sam Peckinpah, des gunfight décérébrés à la John Woo, des combats de jeu de plateformes complètement dingues à la Ong Bak, La main de fer ou Fist of legend, un script mortel évoquant les couillus La chute du faucon noir et Banlieue 13 ou encore toute la violence d’un Old Boy et vous obtiendrez le phénoménal The raid, un melting pot de tout ce qui s’est fait de mieux dans l’action ces 30 dernières années. Pourtant, ici, point d’opportunisme de bas étage. Malgré toutes ses références, The raid ne se contente pas de respecter un cahier des charges à la lettre, il s’impose comme l’ultime action movie en proposant avec générosité et brio tout ce dont on rêvait de retrouver en un seul film de ce genre-là, à savoir une surenchère de tension, d’action et d’émotion qui fait grimper l’adrénaline et la jubilation au paroxysme de l’excitation.
A l’intersection entre un cinéma oriental déchaîné qui ne veut jamais baisser les bras et l’essence sombre et brutale du cinéma d’action plus occidental qui lui, se refuse à déposer les armes, The Raid a déjà en quelques mois fait le tour de la planète, et pas en vidéo comme le prédecesseur du cinéaste, l’honnête Merantau.
Devenu instantanément culte, notamment après sa diffusion à Toronto en octobre dernier et proposé à Deauville, lors du festival du film asiatique en mars 2012, le film est depuis sorti aux USA avec un succès fracassant pour une série B indonésienne (un remake serait déjà en pourparler chez Screen Gems, et oui) et en France, le phénomène va éclabousser dès le mois de juin, avec une lourde interdiction aux moins de 16 ans, parfaitement justifiée quand on voit le nombre de têtes fracassées, d’échines brisées et de gorges tranchées qui ponctuent l’intrigue...
Sur un script très proche du zombie flick français La Horde, The Raid précipite une équipe de tireurs d’élite dans une tour des bas quartiers, d’un glauque qui colle à l’écran, tenue par la mafia locale, la plus puissante, certes, mais surtout la plus sadique... Le massacre va être total ou presque, car, une fois la courte introduction passée (allez, lâchons 5mn, pas plus), aucune marche-arrière et aucun répit ne sera possible. Les policiers sur lesquels l’étau s’est cruellement resserré, sont piégés dans un microcosme de jeu vidéo où ils ne peuvent qu’être éradiqués les uns après les autres, dans les règles de l’art, le même qui sera appliqué aux habitants mafieux de cette tour infernale. Effectivement, dans un deuxième temps, ces derniers seront à leur tour zigouillés, en masse, par l’un des flics, super-héros au demeurant, dont le panache dans le dégommage provoquera quelques moments d’hilarité ou de jubilation virile, dans la contemplation de chorégraphies proprement hallucinantes qui congédient tout problème de conscience.
Dans ce premier rôle d’apothéose, Iko Uwais, déjà vedette de Merantau, le premier film de Gareth Evans, est impressionnant d’agilité animale, sans pour autant donner dans la bestialité primaire. Il s’agite magnifiquement dans un collectif de prouesses physiques où le plus grand moment demeure un "plan à trois" stupéfiant, entre lui, son frère et l’un des bras droits du grand truand, une machine à tuer contre laquelle il faut bien être deux pour éteindre la frénésie reptilienne. La scène, d’une sauvagerie impitoyable, s’inscrit parmi les plus beaux moments d’arts martiaux au cinéma, de ceux qui font applaudir une salle entière et suscite un effet meute immédiat parmi les spectateurs.
Les âmes sensibles peuvent évidemment s’abstenir, mais sachez que le gore est toujours scrupuleusement évité, les effusions sanguines aussi. La violence, constante, est physique, de par ces coups de cinéma qui nous blessent mentalement pendant toute la projection, et paradoxalement nous libèrent du mauvais stress de la semaine. Bref, The Raid, c’est de la douleur à l’état pur, celle qui fait du bien, beaucoup de bien. A coup sûr, le succès sera retentissant dans les salles de cinéma françaises peu habituées à pareilles bastonnades !

