Une anthologie de segments horrifiques correcte, mais qui manque de cohérence au sein du même film.
L’argument : Un film-à-sketches en hommage au légendaire Art du Grand Guignol réunissant sept cinéastes de l’horreur.
THE MOTHER OF TOADS, de Richard Stanley. En France, un couple de vacanciers rencontre une sorcière qui prétend posséder une copie du Necronomicon.
I LOVE YOU, de Buddy Giovinazzo. Une femme annonce à son mari qu’elle le quitte. Un huis-clos tragique et grinçant qui se déroule intégralement dans l’appartement d’un couple.
THE ACCIDENT, de Douglas Buck. Une mère et sa fille sont témoins d’un accident de la route. Une méditation sur le sens de la vie.
WET DREAMS, de Tom Savini. Une femme blessée se venge de son mari infidèle.
VISION STAINS, de Karim Hussain. Une tueuse en série extrait les souvenirs de ses victimes à l’aide d’une seringue.
SWEETS, de David Gregory. Un couple obsédé par la bouffe consume son amour. Un chewing-gum plein de colorants, tendance vert vomi. Bon appétit !
THEATRE GUIGNOL, de Jeremy Kasten. Une salle de cinéma se transforme en véritable théâtre de pantins sous l’égide d’un automate. Le fil conducteur des segments.
Notre avis : Lorsque la société indépendante américaine Severin a dans l’idée de créer une nouvelle anthologie de l’horreur fondée sur le théâtre du Grand Guignol, ils ont aussitôt cherché des partenaires financiers français, qu’ils ont trouvés en la personne de Jean-Pierre Putters et sa boîte Metaluna Productions. Le but était de réunir un certain nombre de spécialistes du genre et de lier tous les segments par un fil conducteur comme aux grandes heures des productions Hammer ou de sa société concurrente Amicus, ou encore dans le Creepshow de Romero (1982). Comme toujours avec ce genre de produit, l’ensemble demeure foncièrement inégal en fonction des contributions de chaque cinéaste et des goûts du spectateur. En tout cas, les sept segments proposés n’arrivent à aucun moment à faire corps puisque les différents auteurs ont préféré creuser leur propre sillon plutôt que de respecter une charte commune. Ainsi, on cherchera en vain le rapport entre le très Lovecraftien The mother of toads de Richard Stanley, le drame de la jalousie de Buddy Giovinazzo (I love you) ou encore The accident de Douglas Buck. Ce dernier ose même foncer tête baissée dans le hors sujet avec un court-métrage qui s’inscrit dans une réflexion personnelle très éloignée du film d’horreur.
Dans ce maelström d’ambiances très diverses, chacun ira de son petit commentaire sur les segments qu’il préfère. Si nous avons apprécié le sketch de Richard Stanley par l’ampleur de sa mise en scène, il n’en demeure pas moins trop long. On lui préfère nettement I love you, même si là encore, on est assez loin du film d’horreur dans ce drame de la jalousie au parfum doucement macabre. Si Douglas Buck plombe un peu l’atmosphère avec son trip existentialiste, on se réjouira des contributions très fun de Tom Savini (qui, pour le coup, s’inspire vraiment du Grand-Guignol) et de David Gregory. Leurs deux épisodes relèvent le niveau de gore à son maximum. Enfin, Visions stains de Karim Hussein séduit par sa réalisation et son ambition, même si la chute du sketch est légèrement décevante.
Doté de segments qui tiennent plutôt bien la route séparément, The Theatre bizarre échoue donc à constituer un tout homogène et semble parfois un peu long. C’est le principal reproche que l’on peut faire à cette anthologie dont on aimerait tout de même qu’elle donne naissance à d’autres projets similaires.
