Le dernier Lucky Mc Kee mérite sa réputation d’oeuvre choc. Cet OVNI comico-trash dérange dans son jusqu’au-boutisme et son politiquement très incorrect.
L’argument : La femme évoquée par le titre est la dernière survivante d’un clan qui a erré sur la côte nord-est des Etats-Unis depuis des décennies. Elle demeure seule, gravement blessée et vulnérable. Christopher Cleek, avocat brillant et père de famille sérieusement perturbé s’embarque, poussé par ses idéaux tordus dans un projet détraqué : celui de capturer et « civiliser » cette femme, une décision qui mettra bientôt en danger les vies de tous les membres de sa famille.

Notre avis : Présenté à Sundance en janvier 2011 où il a crée la polémique, et proposé à l’Etrange Festival (sept. 2011), puis au festival de Gérardmer en 2012, The Woman n’est pas un spectacle anodin.
Le dernier film indépendant du réalisateur culte de May (2002), est en fait la suite de l’adaptation d’un roman de Jack Ketchum, Offspring d’Andrew van den Houten, une histoire de clan cannibal, hors de toute civilisation, qui attaque une famille isolée.
On ne retrouve ici qu’un personnage commun à l’histoire précédente, une sauvage ("la femme" du titre), vivant désormais seule, dans un éden de sang.
Trophée ultime, cette pécheresse des étangs va être capturée et emprisonnée par un chasseur, sorte de parangon du machiste conservateur, qui maltraite sa femme et fait régner un climat de terreur à la maison ; il dissimule bien d’autres secrets sordides !
Installée dans la cave, la cannibale de crasse et d’excréments, devient le nouveau centre d’intérêt du beauf de service. Le pacha qui a assujetti chacun des membres de sa famille à ses perversités compte dompter et civiliser l’animal humain. Dès les premiers instants de captivité, elle lui dévore l’annulaire gauche, symbole phallique du mâle "propriétaire".

Elle en recrache l’alliance, en signe de défiance à l’égard du joug masculin, ce qui ne le refroidit pas pour autant. Son trésor d’amazone pourrait lui servir à bien d’autres choses. Il la verrait davantage comme femme objet à disposition, dont il pourrait user et abuser comme bon lui semble, lui et son avatar d’ado, mini-lui machiavélique logé à la bonne enseigne. Boy will be boy en anglais. Il faut que jeunesse se passe en VF.
Sur le ton de la comédie indépendante à budget réduit (mais pas avare en plans de cinéma qui affichent toujours un vrai point de vue), The Woman est une succession de scènes qui avilissent la femme. Quelle soit épouse ou adolescente, elle doit réprimer ses désirs d’indépendance, ses envies de liberté, son droit de parole. La sauvagerie qui s’exprime, notamment lors d’un final ahurissant de violence, synthétise ici toute la fureur réprimée d’une condition féminine bafouée. Attachée et écartelée, telle la figure christique sur sa croix, elle fomente un plan de vengeance dont nul ne doutera de la radicalité. Tout s’achève dans un bain de sang et un rebondissement carnassier totalement inattendu. Un carnage, qui au cinéma, est habituellement inhérent au sexe dit fort, mais qui prend ici les formes d’une diablesse impitoyable.
Éprouvant à regarder dans sa complaisance à afficher la maltraitance (physique et mentale),

The Woman est une expérience cinématographique intégrale, mais qui ne crée jamais d’ambiguïté quant à ses idées, une dénonciation de la société patriarcale et d’un conservatisme archaïque basée sur une vision pyramidale de la famille. L’humour est caustique, sardonique, toujours savoureux ; il élève le pamphlet au rang de petite perle noire du cinéma indépendant américain. Une authentique pépite de l’étrange !
Sortie en DVD & Blu-ray le 01 mars 2012
La bande-annonce d’Offspring :

Un premier essai qui en impose sévère dans le registre fantastico-gore.