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Thirteen (1997) - la critique

Family portrait

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- Durée : 1h27mn
- Année de production : 1997

Suite d’un diptyque entamé avec Lillian, Thirteen se range parmi les films majeurs d’un certain cinéma-vérité, tout en interrogeant sans cesse le statut de l’image filmée. Indispensable.

L’argument : Après avoir soufflé ses treize bougies, Nina fugue, s’enfuit dans les montagnes et retourne quelques jours plus tard chez elle avec la ferme intention de s’acheter une voiture. Dès lors, elle emploie toute son énergie à réaliser cet objectif, de baby-sittings en gardes de chiens et autres petits boulots.

Notre avis : Peintre et photographe américain reconnu dans le monde entier, David Williams a également réalisé de nombreux courts et moyens métrages expérimentaux durant les années 80. Ceux-ci étaient caractérisés par une esthétisation extrême de l’image (souvent en noir et blanc), un sens maniaque du cadrage propre à la photographie et une volonté de briser les structures narratives traditionnelles afin de laisser divaguer une imagination fascinée par le monde des rêves. En 1993, son premier long-métrage Lillian constitue une véritable rupture dans le style de l’apprenti-cinéaste. Il se débarrasse alors de son obsession de la belle image pour dresser le portrait réaliste d’une famille afro-américaine. Quelques années plus tard, en 1997 exactement, il reprend les mêmes acteurs et donne une suite enthousiasmante à son premier long : Thirteen est né.
Rompant la traditionnelle frontière entre documentaire et fiction, David Williams interroge sans cesse le statut de l’image enregistrée et oblige le spectateur à réfléchir à la véracité de ce qui est montré à l’écran. Certes, le rendu esthétique est totalement réaliste avec une image crue, peu contrastée et souvent granuleuse comme pour accentuer son caractère improvisé. De même, les acteurs ne sont aucunement des professionnels et ils jouent la plupart du temps leur propre rôle en gardant leurs noms et en habitant dans leurs propres maisons. Toutefois, en réintroduisant une forme de narration, même très éclatée, le cinéaste dénonce sans cesse la scénarisation de son histoire. La fugue de Nina durant la première demi-heure donne même lieu à un curieux effet de suspense qui, d’ailleurs, ne débouche sur rien d’autre qu’un amer constat de solitude du personnage principal.
Alors que le script se limite au strict minimum, le réalisateur parvient à capter l’attention du spectateur par une déstructuration temporelle faisant se chevaucher différents niveaux de réalité, jusqu’à inclure certains rêves en un style pourtant totalement naturaliste. Au-delà du brio avec lequel le cinéaste conte une histoire simple, ce qui fait la force de Thirteen vient de l’émotion se dégageant subrepticement d’un quotidien jamais magnifié ou dramatisé. Profondément humaniste, le regard du réalisateur semble empreint de sagesse et de plénitude. La musique folk à tendance élégiaque qui accompagne le métrage est pour beaucoup dans ce sentiment de douceur qui enveloppe le spectateur, témoin de l’envol d’une jeune fille réservée. Les dernières minutes où David Williams filme délicatement l’étreinte furtive entre la mère et sa fille en disent bien plus que de longues tirades et révèlent l’art d’un auteur en pleine possession de ses moyens. Ou comment réaliser une oeuvre majeure avec un minimum de moyens et d’effets.

Virgile Dumez




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