Tokyo eyes

Jeux de regards

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- Durée 1h37mn

Une éblouissante virée urbaine dans la Tokyo de la fin du vingtième siècle entre l’univers du manga et le monde réel.

L’argument : Tokyo, fin du 20ème siècle. La police cherche le "bigleux", un homme, K, qui s’est inventé un rôle de justicier. Derrière ses lunettes à double foyer, il tire sur ses victimes, mais les rate toujours. Les rate-t-il ? Dans Tokyo Eyes, comme dans la vie, rien n’est ce qu’on croit : on met des lunettes pour moins voir, on tire avec un pistolet qui ne tire pas droit, les tentatives de meurtres n’en sont pas ...

Notre avis : En 1997 Jean-Pierre Limosin tournait à Tokyo cette co-production franco-japonaise dont l’action devait au départ être située en France. Il retournera au Japon l’année suivante pour un documentaire Voyages voyages, puis à nouveau pour Young yakuza - la critique. Cette fidélité témoigne de sa fascination pour ce pays et pour cette métropole en perpétuelle mutation, une fascination qu’il parvient à communiquer au spectateur.
Tokyo est en effet au centre de ce film qui n’est imaginable que dans cette géographie urbaine labyrinthique et ultra-moderne. Les personnages ne cessent de se déplacer en tous sens, à pieds , en taxi ou en métro, et semblent par moments se perdre dans un immense jeu de piste.
L’univers du manga, dans lequel le héros est immergé, imprègne l’ensemble. Le jeune homme se livre à un véritable jeu de cache-cache : lunettes à gros foyer qui le rendent presque aveugle, changement de coiffure qui lui permettra d’entrer dans une discothèque, et ce rôle de justicier qu’il tentera de quitter mais qui le rattrapera bêtement in extremis. Car entre temps, grâce à Hinano, il aura rencontré l’amour et le réel.
Le réel, pour nous spectateurs, c’est le Tokyo de 1997. Treize ans après sa réalisation le film est déjà un document historique avec ses ordinateurs et ses téléphones portables qui nous paraissent antédiluviens. Pourtant sa fascination demeure intacte grâce au regard émerveillé de Limosin sur la capitale japonaise. On retrouvera une impression approchante, ce regard d’un étranger sur un monde dont il ne maîtrise pas tous les signes, dans le film de Hou Hsiao Hsien en 2003.
Le film doit beaucoup à ses interprètes qui étaient de véritables idoles au Japon, ce qui a rendu difficile le tournage en extérieur. La jeune Hinano Yoshikawa avec ses yeux écarquillés a l’air réellement sortie d’un manga. Shinji Takeda, revu dans Tabou d’Oshima, est virevoltant et caméléonesque. La guest star, Takeshi Kitano en yakusa de dernière catégorie presque simple d’esprit, est irrésistible de drôlerie.
L’oeuvre respire un air de liberté qui n’est pas sans évoquer l’esprit de la Nouvelle Vague. Si le filmage caméra au poing en plans souvent très serrés aboutit parfois à des cadrages approximatifs ce côté pas fini est indéniablement en accord avec le sujet même et contribue au charme tenace de Tokyo eyes, film léger, enjoué et grave à la fois.

Claude Rieffel


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