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Tootsie - la critique

Ma femme est un acteur

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- Année de production : 1982

Cette comédie du travestissement ne succombe jamais à la vulgarité et propose même une réflexion intéressante sur les différences entre les sexes, le tout sur un rythme endiablé.

L’argument : Michael Dorsey, acteur exigeant sur le déclin, désespère de décrocher à nouveau un rôle. Sans trop y croire, il décide alors de se créer une nouvelle personnalité : il sera Dorothy Michaels, une femme dotée d’une forte personnalité. Or son déguisement va non seulement lui permettre de jouer dans une série télévisée, mais même lui attirer un vrai public de fans. Si ce nouveau statut n’est pas pour lui déplaire, il se trouve bientôt confronté à un dilemme difficile : comment avouer à sa collègue Julie Nichols, qui a fait de lui sa confidente, qu’il est en réalité un travesti amoureux d’elle ?

Notre avis : Alors qu’il tourne Kramer contre Kramer (Robert Benton, 1979), Dustin Hoffman émet le désir de tourner une comédie où il incarnerait un homme travesti en femme. Instigateur du projet, le comédien propose l’idée au studio Columbia qui engage alors deux scénaristes, Don McGuire et Larry Gelbart, qui mettent la première main au script. Une fois écrite, la première mouture est envoyée au cinéaste Sydney Pollack qui refuse plusieurs fois l’offre du studio avant d’accepter le contrat à condition de pouvoir organiser des séances de réécriture du scénario. D’abord très influencé par les comédies populaires comme Certains l’aiment chaud et même La cage aux folles qui vient tout juste de connaître un beau succès aux States, le script est peu à peu modifié pour éliminer tout aspect graveleux au profit d’une réflexion plus aboutie sur le métier d’acteur, ainsi que sur l’évolution psychologique d’un personnage non plus considéré comme un simple travesti, mais bien comme une femme à part entière. Malgré des affrontements conséquents entre Sydney Pollack et sa star principale, c’est la vision du réalisateur qui s’est imposée petit à petit et qui a fait de Tootsie une comédie aussi charmante et élégante.
Loin de la gaudriole attendue avec ce type de sujet, le long-métrage démarre comme un véritable film d’auteur new-yorkais mettant en scène le microcosme artistique et intellectuel de cette ville tentaculaire. Pour un peu, on se croirait presque dans un film de Woody Allen. Une fois que le personnage s’insère dans l’univers du soap, le film évolue également sur le plan esthétique en s’attachant à retranscrire un milieu plus aseptisé à l’aide de couleurs acidulées. Alors que la comédie nous fait très fréquemment rire, les auteurs n’ont pourtant jamais recours à des gags faciles et cherchent davantage à respecter les personnages. Au lieu de n’être que l’histoire d’un homme qui se travestit, Tootsie est avant tout celle d’un mâle classique qui évolue une fois qu’il se transforme en femme, au point de se rapprocher de leur condition et d’embrasser leur cause. Certes, Sydney Pollack évacue totalement l’ambiguïté sexuelle inhérente à cette histoire et ne traite aucunement de l’homosexualité latente des situations, mais il va ainsi à l’encontre des thèmes généralement abordés dans ce type de production et apporte un regard neuf sur un sujet déjà traité maintes fois au cinéma.
Grâce à la composition remarquable de la star, parfaitement crédible en femme, au rythme implacable insufflé par le montage et aux dialogues percutants, Tootsie est donc une comédie exemplaire qui ne prend jamais le spectateur pour un imbécile. Cette indéniable réussite lui a valu à l’époque un accueil chaleureux, aussi bien des critiques que du public. Avec 177 millions de dollars de recettes rien qu’aux Etats-Unis pour un budget initial de 22M$, le film a été un très gros succès. La France ne fut pas en reste en lui réservant la huitième place de son classement annuel avec pas moins de 3 840 083 entrées sur tout le territoire national.

Virgile Dumez




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