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Tous les chats sont gris - la critique + test DVD

Histoire de famille finalandaise

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Co-produit par Aki Kaurismaki, ce drame familial tendu, sur le mutisme en famille, dégage une fureur sourde dont on aime partager les douleurs.

L’argument : Mikael est un juge respecté et un père exigeant. Lorsque l’hypnotique Tilda, sa fille issue d’un premier mariage, réapparaît, l’équilibre familial est totalement bouleversé. Dani, le fils aîné de Mikael et de cette première épouse, découvre alors sa sœur qu’il n’a jamais connu. Une grande complicité s’installe rapidement entre les deux adolescents, au grand dam de leur père qui ne comprend pas leur relation, allant jusqu’à imaginer le pire...

Notre avis : Dans le désert cinématographique finlandais, en dehors de Kaurismaki, il existe tout de même une petite production locale qui parvient parfois à trouver sa place sur nos écrans. C’est ainsi que Tous les chats sont gris est sorti en mars 2011 en France, dans l’anonymat absolu, faisant au final moins de 6.000 entrées sur toute la France. Un score vraiment révoltant quand on découvre l’intensité de ce drame familial, qui vogue à travers les frustrations, les colères et les incompréhensions des uns et des autres, sur un océan de non-dits, établi comme institutions chez un juge froid, incapable d’exprimer la moindre émotion par les mots.
Le décès de l’ancienne épouse qui l’a abandonné pour un rocker, va précipiter le retour dans sa vie d’une fille qu’il a à peine connue, et surtout semer le trouble dans une existence de contraintes et de rigidité, où son fils aîné, et accessoirement frère de l’ado, étouffe, sous le poids d’une autorité qu’il ne supporte plus.
Tous les chats sont gris devient très vite, alors que le père suspecte une liaison incestueuse entre les deux jeunes gens, l’illustration de l’impossibilité de communiquer entre deux personnages qui n’en n’ont jamais saisi le sens (pour le juge, les lois parlent pour lui lors des verdicts). L’insurmontable crise de l’adolescence qui préfigure l’inévitable passage à l’âge adulte, via la séparation voulue d’avec le paternel, renvoie au visage du patriarche peu avisé, la toxicité de son éducation, reproduction maladroite de son expérience familiale (le grand-père qui végète n’est pas un bavard non plus) et matrimoniale (il s’agit de surprotéger le rejeton en l’écartant du monde pour qu’il ne souffre pas des mêmes erreurs, quelle ironie).
Dans ce climat d’agonie sourde où la famille entend, mais refuse de parler, où du moins entend ce qu’elle veut bien entendre, le réalisateur Aleksi Salmenperä a choisi la sobriété de mise en scène pour se caler au style de ses acteurs. A l’exception d’une scène de fantaisie noire qui fait mal aux doigts, il ne s’écarte jamais de son sujet qu’il maîtrise avec une main de maître.
Bref, un beau film, un peu froid, qu’il ne serait pas inopportun de découvrir - comme nous, d’ailleurs - aujourd’hui en DVD.

La bande-annonce : ICI

Les suppléments :
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Rien à part une bande-annonce, pour une oeuvre sans bagage, le risque d’anonymat risque bien de perdurer longtemps.

L’image :

Contrastée et généreuse, l’image bénéficie d’un rendu numérique propre qui rend le visionnage très agréable. On apprécie sa luminosité et la précision de son trait.

Le son :

Le son est proposé en stéréo, ce qui est suffisant pour évoquer une crise de famille qui n’arrive pas à éclater. Nul besoin des arrières pour retranscrire une dynamique sonore que le film ne possède pas. On est en plein cinéma intimiste.

Frédéric Mignard




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