Durée : 1h35mn
Moins une comédie romantique dans l’air du temps qu’une romance datée, le nouveau Jean-François Davy fait montre d’un conservatisme un peu indigeste. Heureusement, le charme et la cocasserie d’Hélène de Fougerolles fonctionnent toujours.
L’argument : Clémence est une jeune avocate brillante qui vient de s’installer à son compte. Carriériste, elle ne souhaite pas s’engager en amour. Pour se débarrasser de son amant un peu trop collant et se faire accepter par son propriétaire allergique aux célibataires, elle décide de faire passer Farid, son accordeur de piano, pour son mari...
Notre avis : Spécialiste du cinéma polisson des années 70, Jean-François Davy a retrouvé ces derniers temps le chemin des plateaux après une très longue interruption d’activité. Revenant à ses premières amours, la comédie, il signe avec Tricheuse une rom-com mâtinée de vaudeville. Cherchant à inscrire son intrigue dans l’air de temps avec son cortège de femmes libérées qui entendent vivre leur vie sans attache et ses familles recomposées en perte de repères, Jean-François Davy tente en vain de moderniser son cinéma sans jamais y parvenir. Pire, il réussit l’exploit de nous replonger plus de trente ans en arrière à cause d’un style technique et visuel qui n’a guère évolué. Avec une caméra numérique sommaire, Davy multiplie les plans laids sur fond de musique synthétique des années 80, comme pour mieux se rapprocher de ses œuvres antérieures. Si l’ensemble n’est pas dénué d’un certain charme désuet, on peut être étonné de voir débarquer sur nos écrans un tel anachronisme.
L’auteur très libre des années 70 semble également être entré dans le rang avec, dans la dernière demi-heure, une célébration de la famille traditionnelle et du mariage qui confirme l’embourgeoisement des moeurs. A cette tendance très conservatrice, il faut ajouter quelques notations bien populistes, histoire de brosser le public dans le sens du poil : les élites sont forcément pourries, les immigrés tous gentils, les profs des névrosés hystériques qu’il faut envoyer devant un tribunal, les artistes contemporains des arnaqueurs et l’on n’échappe même pas à la petite phrase assassine sur le Président de la République actuel. Autant de clichés et caricatures qui desservent fortement cette comédie romantique dont le seul charme tient en la qualité de son interprétation. Hélène de Fougerolles est toujours aussi à l’aise dans la comédie et elle est brillamment secondée par Zinedine Soualem et quelques excellents seconds rôles (Michel Duchaussoy et Mylène Demongeot en tête). Franchement dispensable.
