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Trois pour un massacre (Tepepa) - la critique

Vive la révolution !... ou pas

- Année de production : 1969

Méconnu et généralement sous-estimé, Tepepa mérite d’être redécouvert dans sa version intégrale de plus de deux heures, ô combien plus riche sur le plan thématique que ce que la copie française tronquée laissait transparaître.

L’argument : Pour avoir organisé une révolte, Tepepa est sur le point d’être exécuté. Au dernier moment, un docteur anglais parvient à le soustraire à l’armée. Mais s’il l’a sauvé, c’est juste pour l’abattre lui-même.

Notre avis : Critique artistique d’une très vaste culture, Giulio Petroni s’est fait remarquer en 1967 par le brio de La mort était au rendez-vous, un excellent western spaghetti avec en vedette le magnifique Lee Van Cleef. Dès lors, il s’impose comme un espoir du cinéma de genre local et met la main sur un scénario de Franco Solinas, écrivain engagé à gauche qui a déjà signé pour Damiano Damiani le chef d’œuvre El Chuncho (1966). On retrouve d’ailleurs dans Tepepa (1969) la plupart des thèmes déjà présents dans ce grand classique du western zapata. Les auteurs confrontent une fois de plus un étranger indépendant, ici un Anglais interprété par le monolithique John Steiner, à un événement historique de grande ampleur, la révolution mexicaine de 1910. Trois pour un massacre fonctionne sur le même principe narratif que le précédent film signé Solinas : alors que la révolution fait rage, deux personnages antagonistes (un étranger cultivé et un paysan illettré) vont s’associer pour faire progresser l’idéal révolutionnaire, avant de s’affronter pour des motifs personnels.

Une fois de plus, Solinas cherche à faire de ses personnages des symboles de l’éternelle lutte des classes qui ensanglante la planète. Toutefois, son script s’avère bien plus nuancé que ce qui est généralement écrit à son sujet. Si le scénariste prend évidemment fait et cause pour la révolution, il n’en est pas moins critique envers les dérives inhérentes à ce processus historique. Ainsi, il s’en prend ouvertement au gouvernement de Francisco Madero, accusé d’avoir mené la révolution au pouvoir, puis de l’avoir trahie en ne prenant aucune mesure radicale comme la redistribution des terres pourtant promise aux paysans. Autre point qui nuance fortement l’efficacité du processus révolutionnaire, le personnage de Tepepa n’est pas exempt de défauts et son action violente entraîne notamment la mort d’un protagoniste central de l’intrigue. Ces éléments montrent une volonté de nuancer le propos et d’aller au-delà de la simple rhétorique communiste classique.

Notons d’ailleurs que le film fut exploité au cinéma en France dans une copie expurgée de tout contexte politique (pas moins d’une demi-heure supprimée), ce qui lui retirait forcément tout intérêt, d’autant que le film de Giulio Petroni est plus intéressant par son point de vue sur la révolution prolétarienne que par ses scènes d’action, un peu décevante. Si le long-métrage bénéficie en effet de l’interprétation magistrale de Tomas Milian et d’un Orson Welles très juste, il manque légèrement de rythme jusque dans ses séquences censées être plus dynamiques. Ainsi, l’évasion de Tepepa manque de souffle et la bataille centrale entre les paysans et l’armée peine à convaincre à cause d’une réalisation poussive et peu inspirée. C’est d’autant plus dommage que les séquences de dialogues et de tension sont quant à elles remarquables. Il est donc grand temps de redécouvrir cette œuvre mal aimée, charcutée lors de sa sortie en salle, bancale par son rythme, mais ô combien enthousiasmante par son regard affûté sur la société. Certes inférieur à El Chuncho, ce brûlot politique n’en demeure pas moins un bel exemple du savoir-faire transalpin au cours de ces glorieuses années 60. Du pur plaisir.

Virgile Dumez

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