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Truman Capote - la critique

Requiem pour un Oscar

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Parfaitement mis en scène, intelligemment filmé, un film tout entier dévoué à la performance oscarisée de Philip Seymour Hoffman. Seulement...

L’argument : 1959, Truman Capote, romancier plébiscité aux Etats-Unis, décide de jouer les reporters pour le New Yorker, fasciné par l’histoire du meurtre d’une famille au fin fond du Kansas. Il poussera ses recherches jusqu’à en faire le livre de sa consécration, son dernier, "De sang froid".

Notre avis : Impossible de parler de Truman Capote sans parler de son personnage principal, son sujet, son quasi unique centre d’intérêt, prenant l’affiche à lui seul, du titre au nom de l’acteur, le décor et les enjeux de l’histoire finissant à l’arrière-plan. Capote est pourtant un film qui ne manque pas de qualités. Sobrement mis en scène, l’histoire de cette enquête atypique est également servie par une belle photo, et les seconds rôles y sont impeccables, à commencer par Catherine Keener, parfaite dans le rôle de Harper Lee, romancière et amie d’enfance de Truman Capote. Le scénario lui-même, tiré de faits réels, est efficace. Le journaliste dans son enquête, la rencontre des témoins, des policiers aux coupables, on croit tenir un biopic en forme de récit mêlant suspense et portrait d’un homme à part. Pour un temps, on a raison. Mais Truman Capote, sans doute à juste titre, finit par tellement écraser le film de sa présence qu’on ne voit plus que lui, ne revenant que par intermittence à cette histoire d’Amérique profonde et de pauvres types condamnés à mort.
Pourquoi se plaindre de l’omniprésence d’un personnage qui donne son nom au film ? Capote n’est pas un personnage facile, et c’est sans doute tout à l’honneur de Bennett Miller d’avoir adapté cette histoire, et à celui de Philip Seymour Hoffman de l’incarner. Mais Capote est un homme profondément envahissant, égoïste, menteur. Sans doute un génie, mais comme beaucoup de grands hommes, aussi un monstre. C’est là le paradoxe du film.
En réussissant la peinture de cet être torturé, fort peu sympathique mais visionnaire (y compris journalistiquement, puisqu’on le voit ici "inventer" le journalisme littéraire, genre trop peu connu en France, dont le New Yorker est resté le plus fervent supporter), Miller fait passer tout son film au filtre Capote, un filtre froid, relativement opaque, et, encore une fois, égocentrique. Les sentiments, les souffrances, la relation qui unit Capote et un des meurtriers s’en trouvent amoindris dans leur force, et le spectateur de ne plus penser qu’à Capote et à Hoffman, encore et encore.
Le film en devient, malgré ses indéniables qualités originelles, le prototype 2006 du film à Oscars. Un film à rôle principal, comme celui que tenait Russel Crowe en 2002 dans Un homme d’exception (sans succès aux Oscars, le film étant tout de même sacré). Ici, Hoffman méritait sans doute l’Oscar. Il l’a eu. On se réjouit que ce remarquable caméléon, cantonné avec brio dans les seconds rôles parmi les plus marquants de ces dix dernières années (Magnolia, Happiness, Punch-drunk love, Almost famous...), puisse enfin crever l’écran dans un rôle oscarisé, et - presque - fait pour cela. C’est un remarquable exercice d’imitation qu’Hoffman sert ici, reprenant dans les moindres gestes la personnalité de Capote, en commençant par sa voix aiguë (à laquelle il est dur de s’accommoder tout le film durant). Malheureusement, performance d’acteur ne fait pas grand film. On l’apprendra à nos dépens dans ce Truman Capote qui offre de beaux moments, d’indéniables qualités, mais qu’on ira voir avant tout pour se faire sa propre idée de l’oscarisé Capote-Hoffman.

Pierre Langlais


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