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TV show - la critique + test dvd

Soleil couchant

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Date de sortie DVD : 7 mars 2012
Année de production : 2010

Hideo Nakata, autrefois célébré, montre une fois de plus qu’il ne faut jamais laisser son brûlot sur le feu, sans quoi votre trépidant film à thèse passera pour un petit cluedo joué d’avance.

L’argument : Contre la somme de 1000 €/heure, 10 personnes acceptent de participer à une émission de télé-réalité où elles seront enfermées et filmées 24h/24 pendant 7 jours. La règle est simple : 2 d’entres eux seulement survivront.

Notre avis : Si Nakata a l’ambition des plus grands, celle de capturer la totalité du monde pour exposer, sans détours, l’intégralité de ses faces à un public stupéfait, il n’en a plus tout à fait les idées. Chatroom, velléitaire mais déphasé, en était déjà la preuve irréfutable : Hideo manque de prise sur son époque. Mais comme les séances de varappe ne sont pas données et qu’il se souvient, vaguement, avoir planté un jour son glorieux drapeau au sommet du cinéma de genre ( The ring, Dark water) l’animal insiste. Autant préciser d’emblée que son TV show n’aidera en rien la bannière nippone à claquer au vent nouveau. Tournant le dos à une montagne du web partiellement invaincue, Nakata s’attaque donc, piolet en main et subversion dans les chaussettes, au plus haut relief médiatique : la télévision. Ainsi, les éléments de langage de la promotion de ce direct-to-dvd nous invitent (forcément) à découvrir une critique acerbe des excès d’une télé-réalité prête à se soulager du premier scrupule venu au profit de la plus minable érection d’audience. Difficile d’éviter le procès d’intention à la lecture de ce cahier des poncifs aussi chargé qu’un documentaire anti-militariste. C’est donc dans les vestiges de notre respect pour le savoir-faire du bonhomme que nous devrons puiser notre fantasme de thriller maîtrisé, oubliant d’ores et déjà une diatribe qui fleure bon le prêt-à-penser pour paranoïaques désinformés. Mais on ne demande, après tout, qu’à être surpris. Seulement voilà, de surprises nous n’aurons point, et de sentences définitives sur l’antéchrist cathodique encore moins. Au mépris de l’intelligence de son spectateur, le film pallie les béances de son récit par une verbalisation systématique du moindre micro-évènement. Nakata, jamais assez confiant pour faire de l’image l’adjuvant principal de la terreur, laisse ses dialogues poussifs nous prendre impunément par la main. Du coup, le trip horrifique dans les méandres de la suspicion se transforme rapidement en voyage scolaire pour mal-voyants. C’est agaçant, d’autant plus qu’il nous faut batailler avec un discours critique quasi-inexistant. Que le postulat de départ (la dénonciation des dérives voyeuristes du reality-show) ne soit qu’un prétexte, passe encore. D’ailleurs, le film se charge d’évacuer assez rapidement la question de l’impact d’un tel spectacle sur le public ( une seule scène à ce sujet, totalement dispensable). Mais que Nakata mette à ce point son inventivité au placard au moment de s’interroger sur la répercussion des tortures psychologiques que le jeu implique est proprement insoutenable. A vrai dire, la mise en scène de TV show se révèle assez inopérante pour nous faire regretter celle d’une véritable production Endemol, qui aurait peut-être mieux servi ce huis-clos aussi angoissant qu’une panne de fusibles dans un magasin de bougies. Et pour que nous en venions à de telles conclusions, vous imaginez les trésors de gaucherie que Nakata a du déployer (entre autres : erreurs de plans, amorces ratées et découpage lymphatique). Il faut dire que pour animer son propos stéréotypé sur la méfiance fondamentale de l’autre (d’après le film, ce n’est pas très constructif), l’appât du gain ( ce n’est pas bien non plus) et l’amalgame convenu entre fascination de l’image et fascination de la mort (cf. ce couple qui copule dans un cercueil, au cas où nous n’aurions pas compris) le réal aurait peut-être du demander à son scénariste (Yonezawa Honobu) de travailler en profondeur ses personnages-fonctions, blocs univalents dont tout le mystère réside dans la révélation progressive d’un vide intersidéral, parfois traversé de motifs aussi fallacieux et bidons que la vigie Playmobil qui leur tient lieu de geôlier robotique. Ils ne sont tout simplement jamais à la hauteur des enjeux du récit, à l’image d’un protagoniste principal exaspérant de moralité (mais qui partage avec Alain Juppé une certaine idée de la droiture dans les bottes au moment de survivre). Timide, verbeux, oscillant entre le téléfilm sous-produit et le roman de gare RER, TV show est une grande déception autant qu’une oeuvre en panne. Panne de discours, panne d’inspiration et panne d’écriture (cela dit, le twist final comme le dernier plan sont des grands moments de comique involontaire). Quitte à enfoncer un clou aussi grossier dans nos consciences inviolées par ses assauts, on recommande à Nakata d’éviter les marteaux en mousse. D’ailleurs, si vous cherchez une oeuvre radicale de la grande toile sur la petite lucarne, repliez vous plutôt sur le Network de Sydney Lumet, monument visiblement indépassable.

DVD honnête, quoiqu’un peu léger au niveau des suppléments.

Les suppléments :

Making-of minimal ( 20min) et bandes-annonces proverbiales. Un peu court.

Image :

Bonne copie numérique, qui relève une photo impersonnelle au possible.

Son :

Le meilleur aspect du film. Malgré une BO de Kenji Kawai un poil trop illustrative, le 5.1 DD en VO remplit parfaitement son office au niveau des ambiances. On pense notamment aux sons d’approche du robot-cerbère, plus inquiétants que la grande majorité des plans.

François Blet




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