Sortie du blu-ray : 11 juillet 2012
Académique et pétrifiée dans le marbre, cette adaptation de Proust ne rend jamais justice au génial auteur français, et ceci malgré un soin maniaque apporté au moindre détail. Mais où est la vie dans tout cela ?
L’argument : Swann, un homme de la haute société, voue une passion infinie à une demi-mondaine au passé mystérieux. Ces sentiments ravageurs entretiennent chez Swann le feu de la jalousie et remettent sans cesse en question la poursuite de cet amour destructeur.
Notre avis : Alors qu’il est sommet de sa carrière après la reconnaissance internationale acquise grâce à son chef d’œuvre Le tambour (1979), le réalisateur Volker Schlöndorff accepte de venir en aide à la productrice Margaret Ménégoz qui possède les droits d’adaptation cinéma de l’œuvre de Proust. Effectivement, celle-ci doit impérativement monter un film dans l’année en cours (1983) avant que ces droits tombent dans le domaine public, mais le réalisateur Peter Brook vient tout juste de lui faire faux bond. Schlöndorff se propose donc de tourner Un amour de Swann sur la base d’un scénario de son ami Jean-Claude Carrière, sachant pertinemment que tout le monde considère l’œuvre de Marcel Proust inadaptable au cinéma. Le défi était grand et le cinéaste s’est entouré de collaborateurs tous plus talentueux les uns que les autres. Jean-Claude Carrière au scénario, le chef opérateur de Bergman Sven Nykvist à la photographie et un casting de rêve incluant tous les plus grands acteurs du début des années 80 (de Jeremy Irons à Alain Delon, en passant par Ornella Muti et Fanny Ardant). Tout était donc réuni pour faire du long-métrage la première grande adaptation de Proust sur grand écran.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il ne s’agit pas au cinéma d’additionner les talents pour obtenir un résultat bouleversant. Une certaine alchimie doit avoir lieu, une rencontre entre un artiste et un auteur doit permettre au premier de sublimer le second ou inversement. Ce miracle n’est clairement pas de mise avec ce long-métrage qui sent bon la naphtaline. Sans doute pétrifié par l’héritage littéraire auquel il s’est attaqué, Volker Schlöndorff livre une adaptation appliquée, mais figée dans le marbre des grandes œuvres qui se regardent le nombril. Pas un seul moment de spontanéité n’affleure de cette impeccable reconstitution historique où chaque bibelot se trouve à sa place. On imagine sans peine le soin maniaque apporté au moindre détail, mais cette obsession de la perfection vient figer un peu plus une œuvre littéraire déjà difficile à retranscrire à l’écran. En se concentrant sur la jalousie maladive qui ronge Swann, amoureux d’une femme qui n’est pas de sa condition sociale, le cinéaste perd de vue le foisonnement qui caractérise l’œuvre proustienne tout en ne s’attardant que sur les aspects les plus superficiels des personnages. Les réduisant à des pantins obsédés par les convenances, Schlöndorff ne parvient jamais à saisir l’essence même de la thématique proustienne et livre un film ennuyeux et parfaitement inintéressant.
Il n’est finalement pas aidé par un casting international qui ne tient pas vraiment la route : Alain Delon joue Charlus mais n’arrive jamais à s’emparer du personnage, Ornella Muti n’est visiblement pas à l’aise en Odette et même Jeremy Irons semble tétanisé par le fait de devoir incarner un français alors qu’il représente la quintessence de l’élégance britannique. Ce décalage entre la bonne volonté de chaque participant et le résultat à l’écran fait d’Un amour de Swann un échec artistique essentiellement imputable au réalisateur qui n’est pas parvenu à fédérer des éléments aussi disparates dans un tout homogène. Ereinté par la critique française à sa sortie, le film a connu une exploitation décevante en salles après un bon démarrage parisien, en ne cumulant que 807 611 entrées sur toute la France, malgré la présence de stars très médiatisées comme Delon.
Le blu-ray :
Une belle édition qui permet de revoir le film dans d’excellentes conditions.
Les suppléments :
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Outre la bande-annonce, l’éditeur nous propose de suivre l’excellent documentaire de Pierre-Henri Gibert intitulé Les errances du cœur, réalisé en 2009. Durant une heure absolument passionnante, divers intervenants (dont Jean-Claude Carrière, Volker Schlöndorff, Jeremy Irons et bien d’autres) reviennent sur la genèse du projet, l’arrivée inopinée de Schlöndorff à la barre, les tensions sur le tournage et les rivalités entre Delon et Irons. On apprécie notamment l’absence de langue de bois sur des sujets qui fâchent comme l’attitude détestable de Delon sur le tournage, la réception catastrophique du film par la presse et par les amis du réalisateur. Si les différents intervenants trouvent un certain charme au film, nous ne sommes pas loin de penser que le documentaire qui l’accompagne est bien plus passionnant que le film lui-même.
Image :
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Belle retranscription de la magnifique photographie de Sven Nykvist. Si la définition n’est pas optimale, on ne peut que s’incliner devant la profondeur de champ des plans larges et devant la beauté des couleurs.
Son :
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Si les deux pistes sonores sont labellisées DTS HD Master Audio, elles n’en demeurent pas moins en mono. Celui-ci a été débarrassé de toute scorie et laisse s’exprimer les voix avec une clarté de chaque instant. Pour une fois, préférez la version française, bien plus naturelle que son homologue anglaise. Et ceci même si vous devrez supporter d’entendre la voix de Pierre Arditi (par ailleurs excellent doubleur) à la place de celle de Jeremy Irons.
