Cette plongée dans les bas-fonds parisiens bénéficie d’un aspect documentaire intéressant et d’un casting impeccable. Efficace.
L’argument : Paris. Simon Weiss, commandant à la Brigade Mondaine, entreprend, comme chaque soir, sa tournée des établissements de nuit. Son métier. Une nuit, mais pas comme les autres… Très vite Weiss comprend qu’on veut le piéger. Pris en tenaille entre la police des polices et les voyous, Weiss va se défendre, affronter flics, hommes d’affaires et malfrats...

Notre avis : Réalisateur de séries télévisées, Philippe Lefebvre a fait une légère percée au cinéma au début des années 80 avec deux polars corrects intitulés Le juge (1984) avec Jacques Perrin et Le transfuge (1985) avec Bruno Cremer, puis retour à la case télévision pour des séries comme Antoine Rives ou encore L’avocate. Après plus de vingt-cinq ans de silence radio dans le domaine cinématographique, Philippe Lefebvre nous revient aujourd’hui dans un genre qu’il maîtrise fort bien depuis ses débuts : le polar, tendance film noir. En collant aux basques d’un commandant de la brigade mondaine durant une nuit d’inspection des cabarets, le réalisateur choisit d’arpenter les terres du genre par le versant documentaire. Le titre nous indique clairement l’unité de temps d’un long-métrage qui concentre en une seule nuit le basculement d’un homme pris au piège du système.

Effectivement, les auteurs (dont Simon Michaël, ancien flic) parviennent à expliquer l’engrenage pervers dans lequel se glissent les policiers, obligés de couvrir de petits trafics afin de se constituer un réseau d’indics pour faire tomber de plus gros malfrats. Malheureusement, ce système les contraint à de sévères compromis avec la loi, au point de ne plus faire vraiment la distinction entre le flic et le voyou. Si le thème n’est pas nouveau, il est exposé avec une belle limpidité par les auteurs. Grâce à la force de sympathie dégagée par l’excellent Roschdy Zem, le spectateur prend rapidement fait et cause pour lui, alors même que ses agissements deviennent de plus en plus indéfendables d’un point de vue légal. Faisant sien le code d’honneur cher aux truands rencontrés dans les films d’Olivier Marchal, le flic ne peut qu’aller à sa propre perte.

Malgré la force du sujet, on peut toutefois regretter l’aspect répétitif du long-métrage avec ces allers et venues incessantes d’une boîte à une autre, ainsi que le caractère prévisible du retournement de situation final que l’on devine un bon quart d’heure avant le personnage principal. Heureusement, Une nuit tire sa force d’une réalisation quasiment documentaire soutenue par une excellente bande-son et d’un casting de gueules qu’on aime retrouver de polars en polars : du côté des truands, on saluera les prestations de Samuel Le Bihan, de l’indispensable Gérald Laroche et du trop rare Richard Bohringer dans un caméo mémorable, tandis que la jolie Sara Forestier incarne une jeune policière avec conviction. De quoi faire d’Une nuit un film de genre intéressant, confirmant la bonne santé du polar à la française.
