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Une vie - la critique

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- Durée : 1h26mn

Entre classicisme et modernité, cette adaptation du roman de Maupassant évite le piège du mélodrame, mais oublie d’émouvoir.

L’argument : A la fin du XIXe siècle dans la province française, le tragique destin sentimental d’une jeune bourgeoise mariée à un Parisien infidèle, jouisseur et égoïste...

Notre avis : Le cinéma français des années 50 était marqué par un recyclage systématique des grands classiques de la littérature revisités par des cinéastes souvent bien peu inspirés. Ces luxueuses productions, généralement tournées en studio avec des stars et en couleurs, tombaient la plupart du temps dans un académisme qui les rend assez insupportables aujourd’hui. Pourtant, anticipant de quelques années le bouleversement de la Nouvelle Vague, le réalisateur Alexandre Astruc se lance en 1958 dans l’adaptation du très beau roman de Maupassant intitulé Une vie - choix étonnant pour un auteur qui s’était jusqu’alors illustré dans le cinéma expérimental. A la lisière du classicisme et de la modernité, Astruc signe ici une œuvre ambitieuse bien que trop souvent froide et théorique.
Tout d’abord, le metteur en scène soigne ses mouvements de caméra, amples et gracieux à la fois, s’appuyant sur la superbe photographie de Claude Renoir afin de rendre un hommage évident aux peintres impressionnistes. Il utilise également avec intelligence la musique de Roman Vlad qui permet de souligner les pensées intimes des personnages. Mais la véritable touche de modernité vient de la diction particulière des acteurs : sans doute inspiré par les films de Bresson et de Cocteau, Astruc demande clairement à ses interprètes de réciter leur texte de manière neutre, devançant ainsi les innovations des jeunes loups de la Nouvelle Vague. La fréquente utilisation de la voix off a également pour effet de créer une distanciation entre le spectateur et ce qu’il regarde. Evitant ainsi tous les pièges du mélodrame ou de la tragédie bourgeoise, Astruc signe une adaptation particulièrement fidèle au roman d’origine et arrive à nous faire partager ce sentiment de ratage total éprouvé par le personnage principal, joué avec retenue par une Maria Schell bien plus sobre qu’à l’accoutumée. Malgré cette évidente réussite, on peut tout de même regretter le manque d’émotion se dégageant d’un drame humain pourtant poignant sur le papier, la faute sans doute à une volonté trop évidente de ne pas tomber dans la sensiblerie au point de désincarner les événements racontés.

Virgile Dumez


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