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Une vie meilleure - la critique

Crise de la dette

Avec aussi : Slimane Khettabi

Malgré son sujet d’actualité, le nouveau Cédric Kahn ne tombe pas dans les travers du film-dossier et propose une histoire profondément touchante qui reste sans cesse à hauteur d’homme. Une belle réussite.

L’argument : Yann et Nadia, amoureux, se lancent dans un projet de restaurant au bord d’un lac. Leur rêve d’entrepreneur se brise rapidement. Nadia, contrainte d’accepter un travail à l’étranger, confie provisoirement son fils à Yann. Elle disparaît...


Notre avis : L’air de rien, le cinéaste Cédric Kahn construit depuis une vingtaine d’années une œuvre passionnante à défaut d’être totalement cohérente. En recherche constante d’un style vraiment personnel, le réalisateur a démontré au cours de sa riche carrière une capacité à tourner des films stylistiquement ambitieux (Roberto Succo en 2001 ou encore Feux rouges en 2004), tout en cherchant à cerner au plus près l’évolution psychologique de ses personnages (Les regrets, 2009). Avec Une vie meilleure, il semble enfin parvenir à la parfaite synthèse entre ses deux préoccupations. Débarrassé du poids de l’adaptation littéraire (L’ennui, 1998), le réalisateur se penche cette fois-ci sur un problème du quotidien, à savoir l’endettement, sans toutefois tomber dans le piège du film à thèse. A la manière du Jacques Audiard version De battre mon cœur s’est arrêté, Cédric Kahn évoque ici un vaste problème de société sans jamais oublier de suivre l’évolution psychologique de ses personnages. Si le scénario peut légitimement faire peur en nous contant une fois de plus la destinée d’un homme obligé de s’occuper d’un enfant qui n’est pas de lui, Kahn parvient à contourner l’obstacle en retardant au maximum le moment où les deux êtres finissent par s’apprivoiser.

Avec un sens du tragique développé, l’auteur nous invite à participer à l’inexorable chute d’un jeune cuisinier trop ambitieux. Pris à la gorge par les banques et les organismes de crédit qui lui ont permis de monter son affaire, il n’aura de cesse de vouloir rembourser ses débiteurs, sans jamais y parvenir. Malgré une certaine accumulation des problèmes, Une vie meilleure ne se veut jamais mélodramatique car le protagoniste principal, incarné avec hargne par un excellent Guillaume Canet, ne se laisse pas facilement mettre la tête sous l’eau. Sa confrontation quotidienne avec le gamin de sa petite amie (disparue au Canada) donne lieu à des séquences intenses qui doivent beaucoup à l’improvisation des acteurs. A la fois énervant et attachant, le jeune Slimane Khettabi fait preuve d’une belle présence à l’écran et pousse d’ailleurs Guillaume Canet dans ses retranchements à de nombreuses reprises. Alors que l’ambiance sombre pouvait entraîner le film vers la morosité, ce magnifique duo tire l’histoire vers une sorte de lumière rédemptrice qui s’incarne à merveille dans la blancheur des paysages canadiens.

Esthétiquement abouti, émouvant et capable de nous faire réfléchir sur les dérives d’un système économique qui décourage toute initiative au lieu de l’encourager, Une vie meilleure s’impose comme une œuvre équilibrée, à la fois réaliste et profondément humaniste. Sans doute le film de la maturité d’un cinéaste décidément passionnant.

Virgile Dumez

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