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Vivre deux fois (Zweimal gelebt) - La critique

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- Interdit en Allemagne le 19 juin 1912
- Date de sortie (Allemagne) initialement prévue : 15 juin 1912
- Production : Continental-Kunstfilm GmbH (Berlin)

Entre inquiétante étrangeté et cinéma des attractions, une perle méconnue du cinéma allemand des années 1910. Une de plus.

L’argument : Au cours d’une promenade en famille, une petite fille manque d’être écrasée par une automobile passant sur la route à toute vitesse. La mère, sous le choc, doit être soignée dans un sanatorium. Son état s’aggrave. Elle meurt.
Dans la chapelle où son cercueil ouvert est exposé elle se réveille de sa mort apparente sous les yeux du médecin secrètement amoureux d’elle.
Comme elle a tout oublié de sa vie passée, le médecin fait croire à son décès, l’enlève et l’emmène à l’étranger.
Une nouvelle vie sans passé commence pour elle là bas. Mais son mari et sa fille viennent séjourner au cours d’un voyage dans la ville où elle habite désormais.

Notre avis : Par son intrigue de fait divers sensationnel (une femme mariée et mère de famille kidnappée par son médecin amoureux d’elle), et la manière dont il prétend illustrer de récentes découvertes scientifiques par l’exposé d’un cas clinique de coma suivie d’amnésie, ce film de 1912 garde encore un pied dans le cinéma des attractions tout en dégageant un irrésistible parfum de littérature populaire fin dix-neuvième.

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Zweimal gelebt - Max Mack (1912)

Il est pourtant très éloigné de l’esthétique foraine des tableaux vivants qui caractérise le cinéma des origines et frappe, à l’instar des meilleurs réalisations danoises contemporaines, par une fluidité, un délié de la narration qui ne s’embarrasse pas d’explications, de discours moral ou de leçon à tirer.
Le jeu des acteurs par exemple, est d’une totale sobriété et revêt même un caractère quasi somnambulique, rendant parfaitement énigmatiques les actions de personnages ni bons ni méchants qui sont menés par des forces qui les dépassent. Cet amoralisme se manifeste par exemple dans le côté sec, sans commentaire, du suicide final, et ne pouvait que choquer la censure de l’époque qui ne manqua d’ailleurs pas d’interdire le film.

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Zweimal gelebt - Max Mack (1912)

C’est un monde irrémédiablement étrange, aux frontières du fantastique, qui se déploie à l’écran. Des lignes de fuite creusent des paysages vides où tout peut arriver ; une immense pendule occupe le centre de l’écran dans une scène d’intérieur ; un mouvement de caméra latéral suffit pour passer le mur qui sépare deux pièces (et peut-être le réel de cet autre monde fantasmatique) ; une barque qui s’éloigne sur la mer tandis qu’une autre entre dans le champ par le côté suffit à suggérer les trajectoires de destinées qui se ratent.
Max Mack fait preuve ici d’un admirable sens pictural et dramatique, parvenant à rendre inquiétante, sur un pré en pente, la présence mystérieuse d’un arbre solitaire autour duquel se joue un curieuse partie de cache-cache ou celle d’un immense pont métallique dans la scène finale.

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Zweimal gelebt - Max Mack (1912)

Plus tard le souci de perfection formelle pourra parfois figer le talent du cinéaste (par exemple dans l’esthétique Biedermeier trop léchée de Robert und Bertram, en 1915) mais ici les images sont simples et fortes (le médecin prenant par terre le couvercle pour le poser soigneusement sur le cercueil vide) et tous les plans respirent.
Aux côtés de Hofer, Hanus ou Lubitsch, Mack s’affirme avec ce film comme un des représentants majeurs du riche cinéma wilhelminien et réalise parfaitement le programme qu’il s’était s’était fixé : développer un véritable regard cinématographique.

Claude Rieffel




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