Malgré son titre, Voie rapide n’est en aucun cas un Fast and Furious à la française, mais bien un film d’auteur sensible porté par des acteurs incandescents et un script finement ciselé. Une belle découverte.
L’argument : Le tuning, la vitesse, la route : c’est toute la vie d’Alex, 25 ans, rivé au volant de sa voiture customisée. Une passion exclusive, avec ses rites et ses codes, sans vraie place pour sa copine Rachel et leur enfant. Mais une nuit, sur la voie rapide, c’est l’accident...
Notre avis : Cela fait plus de dix ans que le cinéaste Christophe Sahr travaille sur le script de Voie rapide qu’il a enrichi au fur et à mesure par une connaissance plus approfondie du milieu du tuning, mais aussi de ses multiples collaborations. Il livre ici un premier film étonnamment mature qui s’appuie sur un fait divers pour le moins intrigant (un homme s’est suicidé un an après avoir provoqué la mort d’un jeune lors d’un accident de voiture). Plus porté sur la psychologie que sur les grosses cylindrées, Voie rapide n’est en aucun cas un Fast and furious français, encore moins une œuvre ras de bitume dont l’unique raison d’exister serait l’étalage de carrosseries customisées. En réalité, le tuning intervient davantage comme un révélateur des failles psychologiques du personnage principal que comme un élément moteur de l’intrigue. Plus métaphorique que la moyenne, ce premier long-métrage utilise en fait toute une mythologie américaine au service d’une œuvre profondément ancrée dans un cinéma hexagonal privilégiant les tourments de l’âme.
Le spectateur suit d’abord avec curiosité le quotidien d’un jeune homme (excellent Johan Libéreau) peu sympathique qui s’intéresse davantage à sa voiture qu’à sa petite amie et à sa petite fille. Au bout d’un quart d’heure, l’accident traumatique vient bouleverser les fondements de cette existence égoïste et totalement autocentrée. Révélateur du mal-être du personnage principal, l’accident enclenche une remise en question complète d’un jeune homme dont on apprend l’histoire personnelle par bribes successives. Dès lors, ce monstre d’égoïsme révèle des lignes de faille béantes liées à un rejet parental, ainsi qu’à une jeunesse chahutée. Hanté par une mauvaise conscience qui le mine, le personnage opère dès ce moment un transfert vers sa victime culminant lors d’une séquence éprouvante où il est confronté à la mère du défunt.
Marqué par un désespoir qui contamine le film au même titre que le protagoniste, Voie rapide est donc une œuvre au noir, lourde de sous-entendus et d’implications morales. Si le réalisateur ne parvient pas toujours à rendre crédible certains rebondissements de son histoire, on lui pardonnera aisément ces petits écarts de conduite tant il arrive à nous bouleverser lors d’une séquence finale cathartique aussi lumineuse que son film est sombre. Grâce à une interprétation uniformément convaincante, Christophe Sahr réussit une bien belle première œuvre, pleine de promesses.
