Années de tournage : 1979-1980
Année de production : 1981
Métaphore de la rupture entre l’homme civilisé et la nature, Wolfen s’impose comme un film fantastique à l’atmosphère envoûtante. Malheureusement, les frissons se font rares.
L’argument : Un policier new-yorkais enquête sur une série de meurtres inexpliqués qui semblent avoir été commis par des animaux.
Notre avis : Connu pour avoir tourné le documentaire Woodstock (1970), le cinéaste Michael Wadleigh se retrouve étrangement à la tête d’un film fantastico-horrifique à la fin des années 70 ayant pour titre Wolfen. Si ce changement radical de genre peut étonner de prime abord, la démarche du cinéaste s’avère finalement bien plus cohérente que prévue. Effectivement, loin de n’être qu’un film d’horreur fondé sur la terreur animale (une mode depuis le triomphe des Dents de la mer en 1975), Wolfen se révèle être une métaphore audacieuse de la fracture entre l’homme et la nature. Alors que le film débute par une enquête classique sur des meurtres mystérieux, le spectateur est aussitôt capté par un sous-texte social particulièrement prononcé. Ainsi, l’animal sanguinaire ne frappe que dans les quartiers les plus défavorisés de la ville, ce qui permet au réalisateur de filmer le Bronx comme un énorme terrain vague où s’entassent les déchets de la civilisation américaine. Mis au rebus, les clochards et autres minorités ethniques disparaissent les uns après les autres sans que cela n’émeuve qui que ce soit. Lorsqu’un riche promoteur est retrouvé assassiné avec sa femme et son chauffeur, la police est enfin chargée de l’enquête.
Mais là où Wadleigh s’aventure en terrain miné, c’est lorsqu’il fait de ses loups sanguinaires l’incarnation d’esprits chers aux indiens. Dès lors, son discours s’enrichit d’une strate supplémentaire et le film glisse simultanément vers le brûlot contestataire et le fantastique pur et simple. Dépossédés par l’homme blanc de leur territoire, les loups (ou indiens donc) ne font que se protéger et venger les leurs. Cette métaphore filée trouve son apothéose dans un dernier quart d’heure formidable qui voit une meute de loups assaillir les personnages principaux en plein New York. Magnifiées par une réalisation élégante qui use et abuse de la Louma, ces séquences finales portent le film à un point d’excellence malheureusement rarement atteint auparavant.
Effectivement, avant d’aborder ces magnifiques séquences, le spectateur doit subir près d’une heure et demi d’une enquête policière bien fastidieuse. Au lieu de dynamiser l’ensemble par des scènes d’angoisse, Michael Wadleigh a multiplié les tunnels dialogués au détriment de l’efficacité pure. D’ailleurs, le tournage du film entamé en 1979 ne s’est achevé qu’en 1980 faute d’argent lié aux dépassements de budget d’un réalisateur trop gourmand. Incapable de se conformer à une durée standard, Wadleigh a livré un premier montage de plus de quatre heures avant d’être remercié par les producteurs. Le montage de deux heures disponible aujourd’hui est donc le résultat de coupes massives effectuées par le cinéaste John Hancock. Malgré son travail, Wolfen n’en reste pas moins un film malade qui souffre de béantes faiblesses narratives. Toutefois, son ambiance étrange et son discours passionnant le rapproche d’un film aussi étrange que La dernière vague (1977) de Peter Weir. Ce n’est pas suffisant pour en faire un incontournable du genre, mais cela lui octroie un charme indéniable.
Notes : Sorti en mars 1982 sur les écrans français, Wolfen a attiré 619 444 proies dans ses griffes sur la totalité du territoire.
