Accueil > Les réalisateurs > M > Meunier, Jean-Henri > Y a pire ailleurs - la critique

Y a pire ailleurs - la critique

Retour à Najac

Acheter sur Priceminister

Cette troisième incursion de Jean-Henri Meunier dans le village de Najac n’est qu’une extension bien peu pertinente des deux autres films. On frise le radotage.

L’argument : A Najac, on vit libre, on bricole et on transforme tout ! Le voisin répare la voiture du voisin, le retraité fait office de psychologue, le chef de gare déguste un Paris-Brest, la pêche devient un exercice de haute voltige et un clown surgit là où on attendait un train. Nous sommes en 2001 et, à l’autre bout du monde, deux avions percutent deux tours. A Najac, on s’indigne et on compatit, puis l’existence reprend son cours à coup de gestes simples et d’élans solidaires. L’amitié s’y dresse en rempart contre la solitude et le café fumant a un sacré goût de réconfort. Octobre 2008, l’hiver frappe à la porte du petit village de l’Aveyron et M. Sauzeau, mécanicien génial au cœur bien huilé, disparaît… Alors le rêve d’une vie se disperse, pour engendrer d’autres vies, d’autres rêves.

Notre avis : Fort du joli écho rencontré par son documentaire Ici Najac, à vous la Terre (plus de 49 000 entrées en 2006 et une carrière qui s’est prolongée longtemps dans les petites salles provinciales), Jean-Henri Meunier revient une troisième fois à Najac (il avait déjà consacré un documentaire télévisé à ce petit village pyrénéen intitulé La vie comme elle va) afin de boucler ce qui peut désormais s’appeler une trilogie. Toujours muni de sa petite caméra numérique, le réalisateur nous invite à retrouver les mêmes personnages que dans les segments précédents sans qu’une réelle évolution ne soit perceptible. Effectivement, l’ensemble de ce nouveau film a été tourné, comme les précédents, entre la fin des années 90 et 2008, d’où une impression de déjà-vu qui laisse finalement bien peu de place à la surprise. Dépassé avant même sa sortie, Y a pire ailleurs semble un film d’un autre temps. Il revient notamment sur les attentats du 11 septembre 2001 et sur la dérive sécuritaire des gouvernements. Si nous n’irons pas jusqu’à dire que ces thématiques ne sont plus d’actualité, le spectateur sent irrémédiablement le décalage entre l’époque filmée et notre monde actuel emporté par la crise économique.
Film de trop, Y a pire ailleurs échoue également dans sa volonté de nous faire partager le quotidien de gens simples et heureux de vivre. Là où Ici Najac, à vous la Terre se parait des habits de l’altermondialisme en proposant un modèle alternatif teinté d’anarchisme, cette nouvelle virée dans le petit village tourne parfois à la nostalgie béate envers un monde en voie de disparition. Sans s’en rendre compte, le cinéaste ne rend pas toujours service aux populations qu’il filme. Pas sûr que les amoureux de la nature supportent le gavage des oies et des canards pour en faire du foie gras. Pas évident que les séquences dans le bistrot avec des piliers de bar fleurant bon la France du terroir donne une image très reluisante du monde rural. Et que dire des scènes avec le chef de gare épicurien qui disserte sur la pêche ou la pâtisserie qu’il déguste sinon qu’il donne une image assez déplorable du service public et des fonctionnaires à un moment où ils sont justement attaqués de toute part pour leur supposé manque de travail. Finalement, Jean-Henri Meunier, malgré une évidente bonne volonté, se tire une balle dans le pied à chaque séquence et livre un documentaire à côté de la plaque et ennuyeux. Seule la fin, hommage sincère envers un petit vieux qui est décédé à la fin du tournage, peut susciter l’indulgence. En visionnant ce troisième volet inutile, on a surtout la désagréable impression d’assister à un assemblage hétéroclite de scènes coupées qui auraient dû rester sur le sol de la salle de montage. Et c’est bien dommage !

Virgile Dumez




Il n'y a pas encore d'avis pour cet article. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis