Ce curieux mélange de La guerre du feu, de Conan et de Star wars provoque assez souvent l’hilarité à cause d’un scénario inepte, d’acteurs en roue libre et d’effets spéciaux au rabais. Du bis fort sympathique au demeurant.
L’argument : Yor est un fier guerrier qui vit pendant la préhistoire. Il porte autour du cou un étrange collier dont la provenance reste un mystère. Désireux de découvrir son passé, il décide de rejoindre l’océan afin de comprendre qui il est. Son voyage périlleux le conduira, peu à peu, vers l’impensable vérité. En fait, Yor viendrait du futur...
Notre avis : Fidèle artisan du cinéma populaire italien, Antonio Margheriti a œuvré dans tous les genres possibles, très souvent sous le pseudonyme plus accrocheur d’Anthony M. Dawson. Au début des années 80, il poursuit avec une incroyable régularité une carrière vouée à l’exploitation des succès internationaux qu’il duplique soit servilement, soit comme ici en mélangeant plusieurs sources d’inspiration à l’intérieur du même film.
Dans son style, Yor, le chasseur du futur (1983) est un grand moment de cinéma bis. Librement adapté d’une bande-dessinée intitulée Henga, el cazador, ce long-métrage est une coproduction italo-turque qui bénéficie de superbes décors naturels perses. Débutant par un générique surréaliste où un colosse bodybuildé (l’inexpressif boxeur Reb Brown) arpente des étendues désertiques sur fond d’italo-disco des années 70, le film singe tout d’abord La guerre du feu (1981) et Conan le barbare (1982), non sans une certaine fraîcheur. Effectivement, le réalisateur s’applique à faire surgir très rapidement une créature préhistorique plutôt convaincante, malgré des moyens qu’on imagine réduits. Certes, la vision des deux héros aux coiffures impeccables au milieu d’une peuplade à la pilosité développée ne peut manquer de faire sourire, mais la première demi-heure porte en elle l’espoir secret que l’on assiste à un spectacle bis dans la lignée des films préhistoriques de la fin des années 60.
Malheureusement, le cinéaste opère un changement de ton radical en exploitant un retournement de situation pompé sur celui de La planète des singes. En réalité, le héros n’est pas un traditionnel homme des cavernes, mais un envoyé du futur qui doit mettre en garde l’humanité détruite par un cataclysme atomique.
Dès lors, les auteurs ont eu l’idée saugrenue de faire intervenir des personnages de SF, des engins volants et une base high-tech qui évoque Star wars (1977). Yor se fourvoie dès cet instant en essayant d’imiter la saga intergalactique de George Lucas sans en avoir les moyens. La présence de ces hommes des cavernes au milieu d’engins spatiaux plonge le spectacle dans les abysses de la médiocrité. La dernière demi-heure avec ses ennuyeuses péripéties dignes des plus mauvais serials achève pour de bon le bisseux le plus tolérant. Sorti sur les écrans parisiens le 24 août 1983, le film a attiré plus de 50.000 spectateurs en 3 semaines, un score correct pour une série Z italienne totalement bis. En première semaine, le film d’Anthony Dawson réussit même l’exploit de se classer en 7e position du box-office national, dépassant ainsi Evil Dead, sorti le même jour...
Notes :
Yor est au départ une mini-série de quatre épisodes de 50mn chacun, charcutés pour en faire un long-métrage de cinéma. La série télévisée n’est aujourd’hui plus disponible.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le film a été distribué avec un certain succès aux Etats-Unis puisque Yor a rapporté presque 3 millions de dollars en salles. Un petit record au vu des piètres qualités du long-métrage.

Par Frédéric Mignard
Sacré Yor, c’est vrai qu’en France, c’est plus en VHS qu’on a eu l’occasion de le voir. Mais c’était pas mal pour les mômes de l’époque. Reste aujourd’hui deux belles affiches, une de Landi, qui n’a pas été exploitée et une autre de Druillet. Culte, quoi.