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Yumurta - la critique

Aujourd’hui, maman est morte

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Ce magnifique poème sur le deuil et le retour à la vie impose un style rigoureux et contemplatif qui séduit par son bouleversant minimalisme. Beau, tout simplement.

L’argument : La mort de sa mère ramène Yusuf, un bouquiniste d’Istanbul, dans son village natal. Dans la maison familiale, l’attend Ayla, une jeune fille qui partageait l’existence de la défunte depuis quelques années et qu’il ne connaît pas.
Comme beaucoup d’autres gens du village, Ayla voue une admiration muette et fascinée à Yusuf, fruit d’un début de notoriété passée du temps où il était poète. Ayla lui demande d’accomplir le rite sacrificiel que sa mère n’a pas eu le temps de faire avant de mourir...

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© Kaplan Film

Notre avis : Une vieille femme s’avance lentement vers la caméra, son visage usé par les années fait l’objet d’un magnifique gros plan avant que celle-ci ne s’éloigne à nouveau pour disparaître progressivement dans le brouillard. En un plan séquence de cinq minutes, Semih Kaplanoglu donne le ton d’une oeuvre austère, dépourvue de musique et marquée par un emploi minimaliste de la caméra, mais qui réserve pourtant de véritables merveilles à tous ceux qui feront l’effort d’entrer dans son ambiance nonchalante et fantomatique. Peu après, on apprend effectivement que cette vieille dame s’avançait en réalité vers sa propre mort et l’on va suivre le retour au pays de son fils visiblement peu affecté par le décès de celle qu’il n’a pas vu depuis de nombreuses années. Tel L’étranger de Camus, Yusuf semble toujours en retrait par rapport aux événements, comme s’il passait sans cesse à côté de sa propre existence. Le retour aux sources (son village, comme oublié par la modernité), le silence pesant de la nature, le regard des autres et le décalage entre cet homme du monde et l’archaïsme des traditions villageoises finissent par le faire évoluer sensiblement. Aveugle à l’attirance que lui manifeste discrètement la jeune Ayla, Yusuf va devoir à nouveau s’ouvrir aux autres et faire la paix avec lui-même.
En cela, la dernière demi-heure est un modèle d’épure, à la lisière du fantastique lors de la sublime séquence nocturne qui permet enfin au personnage de s’exprimer en un sanglot libérateur. Bouleversant. Grâce à une photographie soignée, des cadres rigoureux et des acteurs tout en retenue, Yumurta nous permet de découvrir le talent d’un grand cinéaste, capable de dire un maximum de choses en seulement quelques plans. Il y a du Tarkovski, du Robert Bresson et surtout du Nuri Bilge Ceylan, par ailleurs ami du réalisateur, dans ce magnifique chant d’amour à la vie et à la nature. Premier volet de la trilogie de Yusuf, Yumurta est un superbe épilogue - puisque l’auteur a choisi de conter la vie de son personnage à l’envers - qui prendra sans nul doute tout son sens une fois les deux autres épisodes réalisés. On est vraiment impatient de les découvrir.

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Virgile Dumez


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