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Zazie dans le métro - la critique

Mon cul !

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- Durée : 1h31mn
- D’après le roman de Raymond Queneau

Un film raide fou, aussi burlesque qu’onirique. Louis Malle se permet toutes les audaces et laisse un chef-d’œuvre qui n’a fait que se bonifier en prenant de l’âge.

L’argument : Pendant que sa mère s’envoie en l’air avec son amant, Zazie est prise en charge par son tonton Gabriel qui lui fait visiter Paris dans le taxi de son ami Charles. Mais Zazie n’a qu’un rêve : prendre le métro. Or, celui-ci est en grève.

Notre avis : Déboussolé, le public de 1960 avait boudé Zazie dans le métro. Y compris la signataire de cette chronique qui tient aujourd’hui à faire amende honorable. Retour dans l’époque pour tenter de comprendre où le bât a blessé. Est-ce parce que le roman de Queneau venait de recevoir un accueil public phénoménal et que nous n’étions pas prêts à le voir mis en images ? Est-ce parce qu’on n’attendait pas Louis Malle, après Ascenseur pour l’échafaud (1957) et Les amants (1958), dans un registre burlesque ? Toujours est-il que flop il y eut, dans d’assez grandes largeurs. Et que, pour couronner cet aveuglement quasi général, nul n’avait prêté attention à la fantastique prestation de Philippe Noiret - alors connu uniquement en tant que comédien de théâtre (un des piliers du TNP) et de cabaret (ses sketchs en duo avec Jean-Pierre Darras). Grâce à Arte, qui édite enfin les films de Louis Malle [1], l’un des grands oubliés du DVD, l’occasion est donnée de réhabiliter Zazie. On ne va pas s’en priver, ce film étant une fête pour les mirettes aussi bien que pour les zygomatiques.
Ce qui saute aux yeux, dès les premières images de Zazie, c’est l’allégresse qui a présidé à sa fabrication. Ça pétarade, ça déménage, ça fourmille de plans plus inventifs les uns que les autres. Pour réaliser ce feu d’artifice endiablé, Malle, en état de grâce, semble avoir eu une idée à la seconde. Les comédiens sont aux anges et dégustent les dialogues (repris à peu près directement du livre). Zazie, dans son pull orange et sa jupe plissée, représente une parfaite incarnation de la fillette imaginée par Queneau, sciante de naturel dans son rôle de lutin espiègle adepte d’un vocabulaire de charretier. Les "mon cul !" fusent à tout bout de champ, pimentant les saynètes à l’humour dévastateur, qui s’enchaînent à toute vapeur. Deuxième grande réussite de ce film : son esthétique. Il est vrai que le conseiller artistique de Malle est le photographe William Klein, icône de l’époque, réputé pour ses reportages coup de poing qui ont bousculé à jamais la photo de mode. Ses codes graphiques (géométrie, collages, etc.), sa palette de couleurs très sixties, l’utilisation d’objectifs extrêmes et de focales inhabituelles donnent une identité visuelle très forte au film.
Gags très réussis (nombreux sont ceux qui s’inspirent de Tex Avery), mélange de styles et de procédés narratifs, virtuosité de la mise en scène, burlesque et onirisme mêlés, c’est tout cela, Zazie, qui existait déjà au moment de sa sortie, mais avec un grand plus aujourd’hui, qui se nomme nostalgie. Nostalgie d’un Paris perdu corps et biens. Et surtout nostalgie d’une époque où l’on accordait aux jeunes réalisateurs (Malle avait vingt-huit ans en 1960) le droit (et les moyens) d’être audacieux. Ce qu’a su faire le producteur de ce film aussi atypique que jubilatoire, un producteur qui n’est autre que le prince Napoléon Murat. Quarante-cinq ans après sa sortie, le film n’a pas pris une ride. Bien au contraire, comme les bonnes bouteilles, il s’est amélioré avec le temps. Son Altesse avait le nez fin et devait s’y connaître en vins de garde. Qu’il nous soit permis ici de lui témoigner notre énorme reconnaissance cinéphilique.

Le DVD

Les suppléments : Que du bonheur en bobine dans les deux reportages qui nous sont proposés en accompagnement de Zazie. A commencer par un entretien avec Jean-Paul Rappeneau, co-scénariste de Louis Malle, gagman d’exception, qui nous explique, preuves à l’appui, comment la grammaire cinématographique ici utilisée a voulu (et réussi à) correspondre au dynamitage du langage recherché par Queneau dans son roman. Pour aller plus loin, Le Paris de Zazie où intervient Philippe Colin, premier assistant, nous dévoile quelques croustillantes anecdotes de tournage, insiste sur la part prise par William Klein dans les partis pris esthétiques et nous met dans la confidence au sujet de quelques-unes des brillantes idées - par exemple avoir une troupe de figurants permanents - qui ont contribué à la réussite du film. L’enthousiasme qui ressort du témoignage de ces deux vieux messieurs est communicatif. C’est fou ce qu’on peut aimer le cinéma quand ceux qui le font nous en parlent avec autant de malice, d’intelligence et d’amour.

Marianne Spozio

[1] Une première vague en mai avec Zazie dans le métro, Au revoir les enfants, Atlantic City, et deux documentaires, Inde et Calcutta ; la suite à l’automne





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