Le 24 mai 2026
Absolument maîtrisé dans l’écriture et la mise en scène, Fatherland s’affiche comme une redoutable charge contre l’hypocrisie communiste, après la chute de l’Allemagne nazie, à travers le personnage contrasté de l’écrivain Thomas Mann. Un coup de force cinématographique.
- Réalisateur : Pawel Pawlikowski
- Acteurs : August Diehl, Sandra Hüller, Devid Striesow , Hanns Zischler, Joanna Kulig, Anna Madeley, Theo Trebs
- Genre : Drame, Biopic, Historique, Noir et blanc
- Nationalité : Britannique, Français, Allemand, Polonais, Italien
- Distributeur : Pathé Distribution
- Durée : 1h22mn
- Date de sortie : 2 décembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
– Cannes 2026 : Prix de la mise en scène
Résumé : En 1949, Thomas Mann, lauréat du prix Nobel de littérature, retourne pour la première fois en Allemagne depuis la fin de la guerre, accompagné de sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye. Au volant d’une Buick noire, ils entreprennent un voyage éprouvant dans un pays qu’ils ont fui, seize ans plus tôt, lors de la prise de pouvoir du parti nazi. De Francfort, sous domination américaine, jusqu’à Weimar, contrôlée par les Soviétiques, père et fille traversent une Allemagne en ruines, coupée en deux par la guerre froide.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Les biopics sont toujours difficiles à mettre en scène, d’autant plus quand ils s’attaquent à des artistes pour le moins paradoxaux. Thomas Mann est de ceux-là. Il a fui l’Allemagne nazie, s’est fait naturaliser américain, et revient sur les traces de son pays, après plusieurs années d’absence, pour recevoir des mains du nouveau pouvoir communiste allemand un prix de littérature prestigieux. À chaque fois que Pawel Pawlikowski s’engage dans un film, il ne choisit pas la facilité. On se souvient de Cold War ou d’Ida qui déroulaient, dans une atmosphère glaçante, les contradictions des régimes nazi ou soviétique au sein desquels ses personnages se dépêtraient comme ils le pouvaient.

- © 2026 Pathé Films. Tous droits réservés.
De nouveau, Pawel Pawlikowski choisit le noir et blanc pour se centrer sur l’écrivain de La mort à Venise ou de La montagne magique. Accompagné de sa fille Erika, il doit se rendre à Weimar pour recevoir le prix Goethe. Ce choix plonge le spectateur dans l’ambiance même de l’époque, comme si le cinéaste forçait la posture d’observateur afin que chacun fasse sa propre idée sur l’ambiance post-nazie qui régnait en Allemagne. On est d’ailleurs oppressé par les ruines à travers lesquelles le véhicule s’infiltre, quand les deux voyageurs ne sont pas arrêtés par des militaires zélés au service de la barbarie communiste.
Hanns Zischler et Sandra Hüller occupent la première place de la narration, avec des rôles de composition absolument impressionnants. Le premier incarne l’écrivain qui rejette toute forme de fascisme, tout en acceptant, avec une grande facilité, les exactions orchestrées par le régime communiste. Sa fille, jouée par Sandra Hüller, tente de raisonner le père, d’autant plus que son frère, Klaus Mann (August Diehl), vient de se suicider. Mais l’écrivain demeure droit dans ses bottes, imperturbable, habité par des discours qui ressemblent à des allégories d’un autre temps.
Plusieurs scènes montrent l’avancée du véhicule à travers de ce qui reste de l’Allemagne. Quelques bâtiments historiques sont préservés. Mais Pawel Pawlikowski restitue surtout un paysage de guerre qui contraste avec les autoroutes ultralisses construites par Hitler. Pour autant, la guerre semble déjà loin pour une classe de privilégiés qui dégustent du champagne dans des atmosphères feutrées, après d’ailleurs pour certains une carrière déjà engagée au service d’un pouvoir dictatorial. On ressent encore le poids de la culpabilité allemande qui n’est jamais vraiment parvenue à se défaire du souvenir de ses dirigeants et des propagandistes nazis.
Le long-métrage fait montre d’une maîtrise absolue de l’écriture et de la mise en scène. le jeu des acteurs principaux et secondaires (dont August Diehl, qui n’a qu’une seule scène) et la qualité technique (photo, décors...) s’inscrivent avec cohérence dans un dispositif millimétré. Si rien ne semble laissé au hasard, le film parvient à dégager un sentiment de vraisemblance absolument remarquable. Une grande réussite.
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