Critique

CINÉMA

Le scaphandre et le papillon - la critique

Le 11 juin 2012

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  • 11 juillet 2007, par Soni

    Cligner une fois pour dire « oui », deux fois pour dire « non » ; c’est ainsi que Jean Dominique Bauby communiquera avec les siens et les employés de l’hôpital de Berk après son accident vasculaire cérébral, le 8 décembre 1995. Atteint du syndrome d’enfermement, le « locked-in syndrome », il découvrira dès son réveil post-coma qu’il est totalement conscient mais qu’il ne peut ni parler ni bouger excepté son œil gauche. Celui-ci sera son propre papillon avec le monde extérieur qui lui permettra de se libérer de son scaphandre.

    Curieuse destinée que celle d’un rédacteur en chef du magazine Elle, passionné de littérature et de voyages et qui envisageait l’écriture d’un roman inspiré du Comte de Montecristo dans lequel Dumas faisait déjà référence au Syndrome d’enfermement. Le personnage du Noirtier de Villefort et son propre sort ne semblent alors à ses yeux que former un seul être : un emmuré vivant. Une ambition trop grande qui finit par être punie ? a-t-il songé le journaliste pendant ces longues heures de souffrances mais qui ont donné lieu par la suite à une mémorisation de mots et de phrases d’un livre dont jamais il n’aurait pu penser être l’auteur.

    Son livre, dicté lettre par lettre grâce au battement de sa paupière est son dernier souffle mais aussi un hommage à sa propre vie qui a inspiré le réalisateur-peintre Julian Schnabel et qui réalise ici son troisième long métrage. Attiré par l’art du portrait et d’hommes hors du commun comme le peintre Basquiat ou l’écrivain cubain Reinaldo Arenas, Schnabel prend un risque majeur dans cette adaptation à savoir la fidélité du témoignage de Jean Dominique Bauby.

    Le jeu de caméra subjectif avec lequel nous entrevoyons difficilement ce que l’œil de Jean Dominique Bauby tentait en vain de discerner, les flash back et la voix off de Mathieu Almaric sont une belle mise en scène du réalisateur qui réussit dans l’ensemble à ne pas instrumentaliser avec excès ces artifices. Jean Dominique Bauby y apparaît alors tout comme dans son roman, en un homme sensible, intelligent, drôle et fort. Le regard plastique de Schnabel fait également de son héros un être emprisonné, handicapé de la parole mais paradoxalement, extrêmement communicatif avec les autres. Une image trouble, des miroirs, des gros plans, de longs silences et des acteurs penchés sur le malade et indirectement sur nous, spectateurs sont autant de mouvements de la caméra pour mieux comprendre les derniers instants du journaliste. Des lettres et encore les mêmes lettres récitées machinalement E S A R I N T U....tout au long du film forment un écho troublant pour chaque spectateur qui ne peut que partager avec Jean Dominique Bauby ses efforts surhumains pour accomplir un tel livre.

    On y voit, néanmoins dans cette adaptation, un style plus personnel partagé entre l’écriture fidèle du roman et une liberté créatrice. Des scènes de rêves trop nombreuses répondant à un besoin d’évasion propre au papillon finissent par s’éloigner des vrais rêves racontés dans le récit de l’auteur. Défilent alors de nombreux paysages ressemblant étrangement à des reportages télévisés ou autres scènes inutiles d’imagination débordante dans lesquelles Mathieu Almaric mange gloutonnement des fruits de mer et embrasse goulûment sa douce assistante (Anne Consigny). Il est aussi séduit par l’Impératrice Eugénie (Emma de Caunes), un fantôme qui hante les couloirs de l’hôpital de Berk mais qui pourtant dans son roman se contente de passer sa main dans les cheveux de Jean Do. et de partager son fou rire nerveux. La simplicité et le sens esthétique de Schnabel font que les relations angoissantes et douloureuses du départ se meuvent en rapports sensuels, pleins de vie et de désirs. L’intensité donnée par les acteurs ne rend pas pour autant ce film pathétique qui fait souvent résonner des chansons de rock ou de chansonnettes emportant le spectateur troublé vers d’autres émotions. C’est un film vrai et pudique à la fois tout comme les comédiens qui y jouent. Les femmes, à la fois divinisées et réelles sont très justement interprétées par Marie Josée Creuze et Emmanuel Seignier ; les hommes plus discrets dans ce film Patrick Chenais, Max Von Sydow, Jean-Pierre Cassel, reflètent la complexité des rapports humains : patient/docteur ; homme/femme ; père/fils et prêtre/ croyant. La sobriété des rapports qui lient les personnages était nécessaire pour évoquer le choix des mots du dernier éditorial de Jean Dominique Bauby. Ce sont précisément ces mots qui donneraient la réponse à la dernière question de son récit : « y- a-t-il dans ce cosmos des clefs pour déverrouiller mon scaphandre ? ».

  • 26 avril 2009, par Norman06

    Œuvre pesante, aux effets de mise en scène appuyés. La mièvrerie des dialogues et la grandiloquence du propos sont gênantes. Les amateurs de mélo médical apprécieront toutefois.

  • 13 juin 2012, par Sébastien Schreurs

    C ( un clignement d’oeil) H ( idem)...E...F...D...O...chef-d’oeuvre !
    L’atypique Julian Schnabel n’a pas attendu que le biopic soit à la mode pour mettre en scène son troisième film. En effet, "Basquiat" retraçait la vie de ce peintre d’origine haïtienne et "Avant la nuit", celle de l’écrivain cubain Reinaldo Arenas. Pour celui-ci, il adapte le roman de Jean-Dominique Bauby, ancien directeur du magazine "Elle", victime du locked-in syndrome (paralysie totale exceptée des paupières). C’est par le battement des cils qu’il a pu l’écrire (il est mort quelques jours après sa parution). Bien évidemment, Schnabel prenait des risques en s’attaquant à pareil sujet. Pourtant, il réussit un film magistral (et le mot est encore faible, d’ailleurs aucun mot ne peut traduire le choc que cette oeuvre procure). Chaque battement qui passe est un émerveillement tant sensoriel que humain. Les trouvailles visuelles de cet artiste sont abasourdissantes. Il est vrai qu’on comprend mieux quand on sait que c’est aussi un grand peintre (ses tableaux sont exposés dans les plus grands musées du monde). Un des coups de génie de ce poète est d’avoir soudé l’unique oeil de son héros et le sien de cinéaste visionnaire. Pendant un long moment, Jean-Dominique Bauby est la caméra. Cela permet, comme dans "Elephant man" de Lynch, de mieux se préparer psychologiquement avant d’affronter l’horreur (logique dans notre société où tout se base sur l’apparence), mais aussi de ressentir de l’empathie. Une autre grande force du "Scaphandre et le papillon" est d’avoir réuni tant de comédiens prestigieux et attachants autour de Mathieu Amalric (toujours égal à lui-même). Max von Sydow (l’acteur fétiche de Ingmar Bergman) est bouleversant dans le rôle du père de Jean-Dominique ; Jean-Pierre Cassel (à qui entre autres le film est dédié) qui joue le rôle d’un curé et qu’on retrouve tenant un commerce religieux à Lourdes (le propos acerbe sur la religion est évident). Et que dire de toutes ces actrices plus belles les unes que les autres ; par leur présence, ces femmes (certaines font encore fantasmer ce don Juan révolu) représentent la vie qu’elles engendrent, mais aussi qu’elles aident à quitter plus sereinement. Ce chef-d’oeuvre est un hymne à la vie. Le seul défaut qu’on pourrait lui imputer est d’en faire trop (mais finalement n’est-ce pas la meilleure métaphore de ce qu’est la vie...). Ne passez pas à côté de cet écrin !

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