Le 16 mai 2026
Un troisième tome qui démarre après une grande ellipse, avec toujours Toan au scénario et au dessin. Mais le calme n’est qu’apparent et l’action démarre bien plus vite qu’on ne s’y attend.
Résumé : Quatre ans après la fin de la guerre, Arrecquero s’ouvre à l’international en organisant les qualifications pour les jeux mondiaux. C’est à la suite de cette annonce télévisée qu’une journaliste, Sarah Kellman, débarque sur l’île pour suivre les différents athlètes, notamment Camille, le meilleur espoir local. Sarah pense la trouver dans une boîte de nuit, où malheureusement, elle se fait voler son portable...
Critique : On comprend assez vite que derrière Camille se cache Fee. D’ailleurs, cette double identité pose le principe de base qu’il est important de garder en tête tout au long de ce récit : il ne faut pas se fier aux apparences. Camille-Fee, qui se retrouve sous les projecteurs avec cette compétition, devient un enjeu politique important. De plus, son passé ne cesse de remonter à la surface. A qui peut-elle se fier ? C’est la question qui reste en suspens tout au long de ce tome. Camille-Fee subit beaucoup de pression de part et d’autre. Difficile pour elle de trouver son équilibre et de rester concentrée sur la course. D’autant que la concurrence internationale est élevée.
Toan mène ce troisième tome à cent à l’heure et il parvient à nouveau à nous laisser sur un cliffhanger qui nous force à ronger notre frein en attendant le prochain volume. Au-delà de Fee, ce dont parle Toan, c’est aussi de l’après-guerre. Nous sommes quatre ans après les événements des tomes précédents, les personnages ont évolué, certains ne réapparaissent pas, d’autres reviennent de manière inattendue, tous portent les traces de la guerre, quoiqu’ils fassent pour les dissimuler. Et pour que ce drame de guerre fonctionne, Toan limite les pointes d’humour qu’on voit souvent fleurir dans nombre de mangas. Il y en a quelques-unes, certes, mais elles ne sont que des micro-pauses dans le récit, où la tension demeure palpable.
© Toan / Ankama
Le dessin de Toan ne nous offre pas un simple shonen sportif, loin de là. Bien sûr, la compétition a son importance mais derrière, la violence latente de la guerre et de son lot de haine et de vengeance est là. Toan nous dépeint une galerie de gueules cassées, de handicapés et autres blessés de guerre. Et quand le corps n’est pas meurtri, c’est l’âme qui en a pris un coup.
Mais Toan garde l’énergie dans ce récit. En effet, toute la BD est traversée d’une décharge électrique. Quand l’action démarre, sur la piste de course ou ailleurs, les membres s’allongent, la perspective se courbe et l’encrage semble traversé d’une force qui le fait vibrer d’une manière intense. Les cases se plient pour accompagner l’élasticité des corps, et Toan parvient ainsi à représenter la puissance de la vitesse dans une image figée. N’oublions pas les couleurs qu’il nous offre dans les premières pages. On regrette alors qu’il n’y ait pas plus de planches traitées ainsi.
Les premières pages commencent par un concert, rappelant que la musique tient une place importante dans cette histoire, c’est toujours ce qui aide Camille-Fee à canaliser son énergie. Et plusieurs morceaux émaillent le récit, principalement des années soixante et soixante-dix. Mais pas d’inquiétude, pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas aux premières paroles les chansons, les références sont indiquées en astérisque de bas de page. Bien sûr, sans que cela nuise le moins du monde au déroulé de l’action. Et de l’action, on n’en manque pas dans ce troisième tome...
Run to Heaven T.3 fait un bond de quatre ans dans la narration, mais le récit est toujours explosif et Fee, affectée par les drames qui l’entourent, garde difficilement son objectif en tête.
288 pages – 9,95 €
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