Le 31 mai 2026
- Scénariste : Philippe Dupuy>
- Dessinateur : Philippe Dupuy
- Genre : Anticipation, Fin du monde
- Editeur : Editions 2042
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 20 février 2026
Le récit d’une errance vers une finalité sans nom, une exploration de l’art au seuil de l’extinction de l’humanité ! Une œuvre singulière signée Philippe Dupuy.
Résumé : Martha est mourante dans un monde qui se meurt. Mais elle est avant tout une collectionneuse d’art. Elle décide d’abriter sa collection d’art dans un sarcophage où elle s’enferme elle-même ainsi que quelques autres personnes. Un sarcophage pour s’abriter du dehors qui va à sa perte. Un sarcophage pour abriter l’art et questionner son histoire, sa valeur et son sens… Un album déroutant où l’auteur semble lui-même déambuler d’histoire en histoire pour mieux comprendre ce que l’art peut, est, fait de l’humanité.
Critique : Huitième album en solo de Philippe Dupuy, Sarcophage prolonge la conversation qu’il a engagée, au fil de ses ouvrages, entre lui-même, l’art et la bande dessinée. À travers cet album, Philippe Dupuy invite les lecteurs, comme ses personnages, à déambuler dans des espaces emplis de nombreuses œuvres d’art, contemporaines ou antiques.

- Sarcophage – Extrait 1
- Tous droits de reproduction réservés ©Editions 2042, 2026, Philippe Dupuy.
Sarcophage signifie littéralement « ce qui mange la chair »… L’art peut-il survivre lorsque l’humanité semble aller vers sa perte ? Peut-il encore participer au monde dont il émerge… ? À travers son récit, il nous semble que l’auteur répond par l’affirmative. L’art permet d’apprendre à regarder autrement, à ressentir différemment, et donc à agir et réagir autrement dans notre vie, mais aussi face à la maladie et à la destruction. Ici, le personnage central est Martha, une femme sur le point de mourir ; mais elle est, elle fut aussi une grande amatrice et collectionneuse d’art… Que restera-t-il lorsque sa chair aura été dévorée ? Et pour qui, pour quoi ? Autant de questions qui se trouvent au cœur du livre : à quoi sert de conserver des œuvres d’art ? Comment l’art peut-il survivre au-delà de ses créateurs et de ses collectionneurs ?

- Sarcophage – Extrait 2
- Tous droits de reproduction réservés ©Editions 2042, 2026, Philippe Dupuy.
Cet album est une fiction, et nous découvrons au fil du récit que, pour traverser ces derniers moments avant la mort, l’extinction d’un monde, Martha s’entoure de trois personnes : une jeune fille perdue qu’elle a accueillie et prénommée Isis ; et deux amis, Bernard, critique et historien de l’art, et Julian, un artiste qui n’a pas peur des ratages… Ce sont surtout Isis et Bernard qui portent le récit à travers leurs échanges. Si la première est une personne fictive, le second est inspiré d’une personne bien réelle : Bernard Marcadé, critique et spécialiste d’art, ami de Philippe Dupuy, il d’ailleurs mentionné sur la quatrième page intérieure comme un contributeur.
Dans l’ouvrage, Bernard apprend à Isis à découvrir l’art. Il le fait en lui racontant des récits autour de plusieurs œuvres, choisies pour s’inscrire dans cette forme architecturale difficilement appréhendable qu’est le sarcophage de Martha. Il évoque ainsi l’histoire des deux peintres de la Grèce antique, Zeuxis et Parrhasios, l’Œil cacodylate de Picabia, les Cellules de Louise Bourgeois, ou encore la pile de bonbons qu’Isis découvre dans un coin de la pièce. Associée à l’instruction donnée au public par l’artiste Félix González-Torres qui l’a créée, ce tas de bonbon devient une œuvre pouvant à la fois s’éroder et se régénérer sans cesse…Bernard y décèle aussi l’histoire d’amour meurtrie par le Sida de l’artiste et de celui qu’il a aimé. Pour Bernard, l’art est un moyen de raconter des histoires, des histoires de création, de réception, de gestes, de peur ou de colère. Et puis il y a tout un ensemble d’œuvres dont rien n’est dit, mais qui nous parlent néanmoins par leur présence, et pour certaines par leur récurrence au fil des pages, à l’image du Christ crucifié - serait-ce celui de Dali ? - qui hante les premières pages de l’album.

- Sarcophage – Extrait 3
- Tous droits de reproduction réservés ©Editions 2042, 2026, Philippe Dupuy.
En feuilletant cet ouvrage peut-être pourrions-nous douter qu’il s’agisse d’une bande dessinée… Pourtant, elle en est bien une, et même un bel exemple de ce que ce médium peut offrir. Philippe Dupuy utilise pleinement la page et la double page, qu’il explore et exploite de multiples façons avec des dessins portés par des traits fins ou épais, des cases au formes irrégulières, des ratures, l’insertion de collages, de papiers coupés et réunis… Il joue avec le vide et le plein et mêle sans distinction formelle le texte et le dessin s’y efface.
Il est également intéressant d’observer la façon dont il intègre les représentations des œuvres d’art réelles dans les pages de son album. Il ne cherche pas à les reproduire fidèlement, mais plutôt à les représenter avec une économie de traits. Cela ressemble à des croquis, et pourtant, notre œil parvient, quand il les connaît, à retrouver aisément l’œuvre originale, à percevoir au-delà des traits les œuvres qu’il ne connaît pas.
Cet album, ce récit, nous invite autant à réfléchir qu’à ressentir. Il est imprimé en trois couleurs : noir, blanc et un brun particulier, une teinte qui peut évoquer l’écorce d’un arbre, matière première du papier, mais aussi le parchemin, la rouille, et même, oserions-nous dire, la matière fécale, ce qui subsiste, ce qui n’a pas été dévoré…
Enfin, l’album lui-même est un objet singulier, comme il est peu fréquent d’en tenir entre ses mains. Une fois encore, les Éditions 2042 accompagnent pleinement l’auteur dans son projet. La couverture et la quatrième de couverture sont percées, de manière symétrique, d’un losange évidé… Est-ce une façon d’inviter les lecteurs et lectrices à entrer, puis à sortir de ce sarcophage ? Et nous, lecteurs et lectrices, pouvons-nous refermer ce livre sans nous laisser happer par la dérive inéluctable de la fin du monde qui plane tout au long de la lecture ? Que ressentons-nous alors ?

- Sarcophage – Extrait 4
- Tous droits de reproduction réservés ©Editions 2042, 2026, Philippe Dupuy.
Peut‑être Philippe Dupuy cherche‑t‑il, le temps de cette lecture, à nous saisir, à nous captiver - comme le fait parfois la contemplation d’une œuvre - avant de nous ramener au réel, à la texture du monde et de notre quotidien. Que peut l’art ? Peut‑être simplement ceci : nous déciller le regard pour mieux comprendre le monde qui est le nôtre.
208 pages – 32 €
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