Le 10 mars 2026
Le meilleur film de Pascal Bonitzer, sur un scénario tout en finesse de la regrettée Sophie Fillières, croise avec acuité les thèmes du goût des textes et des fêlures familiales.
- Réalisateur : Pascal Bonitzer
- Acteurs : Chiara Mastroianni, Fabrice Luchini, David Ayala, Naidra Ayadi, Yannick Choirat, Iris Bry, Marie Narbonne, Louise Orry-Diquéro, Suzanne de Baecque, Sarah Touffic Othman-Schmitt
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Films du Losange
- Durée : 1h28mn
- Date de sortie : 11 mars 2026
- Festival : Premiers Plans d’Angers
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Résumé : Habité par Victor Hugo, le comédien Robert Zucchini traîne une douce mélancolie lorsqu’il n’est pas sur scène. Chaque soir, il remplit les salles en transmettant son amour des mots. Jusqu’au jour où réapparaît sa fille, qu’il n’a pas vue grandir… Et si aimer, pour une fois, valait mieux qu’admirer ?
Critique : On pourrait établir le parallèle entre le projet de Victor comme tout le monde et celui d’Enzo, que Laurent Cantet aurait dû réaliser, sur son propre scénario, mais qui a finalement été tourné par Robin Campillo après la mort du cinéaste. Inspiré d’une brève histoire écrite par Thierry Consigny, portant sur un aspect de la biographie et l’œuvre de Hugo, Victor comme tout le monde a été entièrement scénarisé par Sophie Fillières, même si d’explicites correspondances ont lieu avec le spectacle Fabrice Luchini lit Victor, que le comédien a joué en 2023-24 sur une mise en scène d’Emmanuelle Garassino. Et c’est à Pascal Bonitzer qu’a incombé la réalisation, après la disparition de Sophie Fillières à l’été 2023. Le réalisateur déclare à ce propos dans le dossier de presse. « C’est la première fois que je réalise un film dont je ne suis pas l’auteur du scénario. Mais en même temps, je ne me sentais pas étranger à l’esprit de celui-ci puisque je connaissais très intimement Sophie dont j’avais partagé la vie, et aussi ses films que j’adorais. J’ai été charmé par l’histoire ainsi que par l’humour et la poésie dégagés par les personnages. » On avait pu apprécier Bonitzer comme coscénariste d’autres réalisateurs, comme André Téchiné (Le lieu du crime) ou Catherine Breillat (L’été dernier).

- Fabrice Luchini
- © 2026 CG Cinéma / Les Films du Losange. Tous droits réservés.
Le cinéaste, s’il a parfois déçu, a agréablement surpris avec les récents Le tableau volé et Maigret et le mort amoureux. Victor comme tout le monde semble son long métrage le plus réussi et cohérent. Ce récit d’un histrion qui retrouve la fille qu’il avait abandonnée aurait pu tomber dans le mélo facile ou le film artificiellement fondé sur des faux contrastes de génération et ou de classe, comme La petite de Guillaume Nicloux ou Marie-Line et son juge) de Jean-Pierre Améris. Il aurait pu aussi dévier vers la mise en abyme facile sur les liens entre le théâtre et la vie. Ces craintes sont heureusement déjouées, grâce à la subtilité de la langue de Sophie Fillières et la grâce du filmage de Bonitzer, qui rendent le métrage réellement attachant. Passionné par Victor Hugo, dont il fait des lectures sur scène, Robert Zuchini mène une existence théâtrale nourrie tout en menant une vie conjugale heureuse auprès de sa seconde épouse (Chiara Mastroianni). À la suite de la mort de sa première compagne, il est amené à renouer contact avec sa fille Lisbet (Marie Narbonne) qu’il n’a pas quasiment jamais connue, leurs seuls échanges ayant porté sur des cadeaux d’anniversaire, à savoir, essentiellement, des œuvres de Victor Hugo envoyées à la Lisbet (dont Les Contemplations pour ses quatre ans).

- Fabrice Luchini, Marie Narbonne
- © 2026 CG Cinéma / Les Films du Losange. Tous droits réservés.
Assumant le matériau littéraire dont il a la charge, Pascal Bonizer renoue avec un certain cinéma de la parole, plus proche de Rohmer et Guitry que des produits culturels inhérents à un certain académisme made in France. Outre la narration des retrouvailles difficiles entre un père et sa fille, Victor comme tout le monde opte avec bonheur pour un récit parallèle, qui évoque trois jeunes femmes monter un spectacle sur les amoureuses de Victor Hugo, dans une approche féministe ; un passage plus que digressif, qui donne lieu à de splendides dialogues où l’humour côtoie le sens de la nuance. Et comme dans Ma vie ma gueule, la dernière réalisation de Sophie Fillières, le film se termine par un voyage allégorique qui culmine, ici, dans une séquence délicatement émouvante, sans forcer sur la corde sensible. On ne saurait donc que recommander cette œuvre lumineuse, qui de surcroît offre à Fabrice Luchini l’un des grands rôles de sa carrière, au même titre que La discrète de Christian Vincent ou Dans la maison de François Ozon.
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