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666, la malédiction

666 façons d’accomoder le navet

- Durée : 1h48mn
- Titre original : Omen 666
- Le site du film
- Remake de The omen (La malédiction, Richard Donner, 1976)
- Sortie en salles le 6 juin 2006

Ce remake d’un petit classique des années 70 n’est qu’une pâle photocopie de l’original. Respectueux, mais souvent ridicule.

L’argument : Le Vatican est en pleine effervescence : tout indique que la prédiction du Livre des Révélations qui veut que l’Apocalypse débute avec l’incarnation de Satan sur la Terre, doit se réaliser dans les tout prochains jours. Robert Thorn, diplomate américain en poste à Rome, est soulagé de pouvoir annoncer à sa femme qui se réveille dans la salle de travail, qu’après de nombreuses tentatives infructueuses, elle a enfin pu donner naissance à un fils. Mais, au fur et à mesure que Damien grandit, il devient évident qu’il s’agit d’un enfant hors du commun. Autour de lui, les morts mystérieuses et les avertissements les plus sinistres se multiplient.

Notre avis : Depuis quelques années, les producteurs hollywoodiens sont saisis de la fièvre du remake et revisitent avec fébrilité tout le catalogue horrifique des années 70. Lorsque le réalisateur apporte quelque chose de neuf à l’original, cela donne des réussites indéniables comme Massacre à la tronçonneuse (2003) de Marcus Nispel ou bien L’armée des morts (2004) de Zack Snyder d’après l’œuvre de Romero. Malheureusement, le succès artistique n’est pas forcément au rendez-vous et le Amityville (2005) d’Andrew Douglas ou encore le Fog (2005) de Rupert Wainwright font vraiment pâle figure face aux originaux.
Une bien mauvaise nouvelle pour les fans de La malédiction (1976) de Richard Donner : son remake se situe plutôt dans la deuxième catégorie. Choisissant de suivre pas à pas l’original, John Moore réalise une simple photocopie d’un film qui a marqué des générations de fans de fantastique, en le vidant pourtant de tout son sel. Exit l’ambiance maléfique et millénariste typique des années 70, exit la formidable partition de Jerry Goldsmith remplacée par une musique plutôt anodine de Marco Beltrami. Même si le metteur en scène cherche à respecter au maximum le matériau d’origine, il semble comme paralysé par cet héritage et se contente de tourner les mêmes séquences avec des acteurs différents sans y ajouter un seul élément nouveau.


Mais le casting improbable et la direction pour le moins hasardeuse condamnent ce remake au ridicule : Liev Schreiber n’a absolument pas le charisme nécessaire pour porter sur ses épaules un rôle plutôt dense et Julia Stiles nous gratifie d’une interprétation catastrophique, la palme revenant au gamin censé incarner l’Antéchrist. Avec une seule expression faciale à son actif, une moue boudeuse et un froncement de sourcils toutes les deux minutes, Seamus Davey-Fitzpatrick déclenche irrésistiblement l’hilarité, bien plus que la chair de poule. Il est tout simplement pitoyable, comme le reste d’un métrage qui tombe invariablement dans le comique involontaire par l’incompétence notoire de son réalisateur, visiblement persuadé qu’il suffit de copier un classique et d’ajouter deux ou trois effets chocs pour créer une œuvre majeure. Enfin, que dire des signes qui sont annonciateurs de la venue du Diable comme l’attentat du 11 septembre 2001, les différents tsunamis qui ravagent l’Asie du sud-est et la création de l’Union Européenne (non, vous ne rêvez pas !). Le spectateur avisé ne perdra donc pas son temps à découvrir ce piètre remake et se contentera de visionner une énième fois l’original, en tous points supérieur.

Le DVD


Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Une édition qui semble, de prime abord, conventionnelle mais qui recèle quelques petits trésors en matière de bonus. A commencer par ce making of croustillant, qui permet de retrouver le gros John Moore, responsable du <Vol du Phœnix. Comme à son habitude, l’homme est un acharné (quarante heures debout d’affilée) qui ne mâche pas ses mots. A plusieurs reprises, le sujet révèle des relations tendues avec la production sans jamais s’appesantir dessus (malgré quelques phrases assassines). On se rabattra donc sur les acteurs et leurs explications douteuses pour justifier leur présence dans ce remake (le pauvre Pete Postlethwaite). Ou encore les coups de gueule du réalisateur concernant les "rails merdiques" d’un travelling...


Certes, on n’apprend pas grand-chose sur la fabrication du film, mais John Moore est tellement plaisant à voir éructer, entre deux moment de sincérité et de lucidité, que ce making of se démarque largement des autres. A la question "D’où vient cette éthique de travail ?", il répond : "Sûrement un sentiment d’insécurité, de n’être doué pour rien. J’aimerais savoir jouer du piano, dessiner, peindre. Personne ne pourrait me l’enlever. Mais quand on fait des films, à moins d’être en train de les réaliser, on ne sait pas si on travaille pour de vrai. [...] On se sent merdique quand on ne travaille pas." En revanche, les commentaires audio sont nettement moins captivants, voire pas drôles. Les psychopates assoiffés d’hémoglobine se régaleront des scènes inédites, en fait les versions intégrales des séquences de meurtres : le prêtre en gros plan vomissant du sang noirâtre et la décapitation sous différents angles (très belle chute de corps, soit dit en passant). Par contre, on ne dira rien sur la fin alternative de façon à ne pas gâcher le dénouement. Autre suppléments intéressant, l’enregistrement de la bande-son (toujours essentielle dans un film d’angoisse), qui permet de mesurer les nuances apportées à la partition pour amplifier chaque effet visuel. Enfin, on se garde le plus mauvais pour la fin avec un module attérant sur le chiffre 666. Comment fournir vingt-deux minutes d’images sans une seule information valable ? La réponse est là. Les témoignages sont pathétiquement pauvres (le type qui a sorti un brelan de 6 au poker - diantre !), tout comme les idées ("Nous avons la Bête en nous !"). Bref, amplement dispensable.

Image & son : Belle édition à ce niveau avec une définition très précise et un travail sur les couleurs et contrastes impeccablement rendu. La piste DTS française suffira à vous faire sauter de trouille car le moindre craquement de parquet est fidèlement reproduit.

Edgar Hourrière, Virgile Dumez

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