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Anonymous - la critique

Shakespeare en peine

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Note moyenne des internautes :

Plus une romance sur la reine Elisabeth et le comte d’Oxford qu’une refléxion historique sur la paternité des oeuvres de Shakespeare, ce Roland Emmerich atypique est surtout obsédé par sa propre esthétique. Une curiosité néanmoins.

L’argument : C’est l’une des plus fascinantes énigmes artistiques qui soit, et depuis des siècles, les plus grands érudits tentent de percer son mystère. De Mark Twain à Charles Dickens, tous se demandent qui a réellement écrit les oeuvres attribuées ) William Shakespeare. Les experts s’affrontent, d’innombrbales théories parfois extrêmes ont vu le jour ; des universitaires ont voué leur vie à prouver ou à démysthifier la paternité artistique des plus célèbres oeuvres de la littérature anglaise....

Notre avis : Récit alambiqué qui passe régulièrement de la jeunesse relative d’Elisabeth I à ses dernières années, Anonymous essaie de retranscrire à l’écran une théorie du complot digne des sombres années de la dynastie des Tudor, et surtout de relater une superbe histoire d’amour contrariée, appelée à aboutir à une horrible révélation que l’on ne vous racontera pas... Bref, on plonge ici en plein règne élisabéthain, celui d’une reine dite vierge, mais pas tant que cela, qui a affolé les historiens de rumeurs et de prétendants. Il en ressort ici une thèse romanesque qui va jusqu’à remettre en cause la paternité des oeuvres de William Shakespeare, ce que de nombreux spécialistes dits "anti-strafordiens" ont essayé de faire auparavant, de Freud à Dickens, en passant par Emerson ou Orson Welles, à travers différentes conclusions qui n’ont jamais pu être prouvées.
Pour mettre en scène la grande histoire britannique, faite alors de guerres avec l’Espagne, de remous religieux avec les catholiques et les puritains, et de questionnements sérieux quant à la succession de la monarque, on retrouve derrière la caméra Roland Emmerich, le nabab du blockbuster catastrophe (2012, Idenpendance Day, Le jour d’après). Un choix surprenant, mais qui prend tout son sens quand on observe l’obsession du métrage pour le plan coûteux, les décors grandioses et les reconstitutions épiques. Le Londres de l’époque nous est ainsi dévoilé à travers des effets-spéciaux et un gigantisme tout simplement sublimes qui tendent systématiquement un miroir au film qui n’a plus qu’à se regarder le nombril, au détriment de la crédibilité de la thèse avancée. Car, et c’est un problème, l’exaltation de la reconstitution finit par nuire à la volonté de restaurer la vérité forcément plus intime.
Trop de cinéma tue-t-il donc l’Histoire ? En tout cas, Hollywood ne fait pas avancer les thèses révisionnistes qui remettent en cause tout le talent de Shakespeare, présenté ici comme un acteur raté à qui un proche de la reine confie régulièrement des écrits mythiques qui feront la gloire de l’usurpateur. Empêtré dans un discours de vulgarisation pourtant très difficile à rendre accessible au grand public, Emmerich a beaucoup de mal à trouver la bonne approche. S’il n’évacue pas la complexité de l’époque, il se fourvoie dans les aller-retour temporels et, occasionnellement, revient à ce que l’on pensait être le sujet central du film, le personnage de William Shakespeare, que l’on croise finalement bien peu. On pourra dire, tant mieux, tellement ce dernier est dépeint comme un bouffon, un être couard et grossier.
La grande déception de cette romance cossue qui régalera les yeux mais ennuiera les esprits, c’est bel et bien l’aspect littéraire du film. Les références à l’oeuvre du dramaturge se réduisent souvent au superflu, à quelques titres de manuscrits, même si on aime la reconstitution de son théâtre, le Globe. Et, si l’on croise ici et là quelques noms d’auteurs notables de cette époque, le film ne rend vraiment pas hommage à l’effervescence artistique de la période élisabéthaine où se côtoyèrent des hommes de théâtre comme Robert Greene, Christopher Marlowe, Thomas Kyd, Udall et évidemment Ben Johnson qui ici joue un rôle bien plus essentiel que Shakespeare.
Anonymous, loin d’être inintéressant et d’être l’échec artistique que certains espéraient, aura toutefois bien du mal à convaincre totalement les anglicistes, anglophiles et autres cinéphiles. Trop d’exaltation, pas assez de retenue. La théorie contre Shakespeare est finalement morte née à l’écran !

Frédéric Mignard


Les avis des internautes

 

Anonymous - la critique

Par Jean-Patrick Géraud

Anonymous, élu film bourratif de l’année ! Suivons la recette. Prendre un sujet à la mode (les accusations de plagiat), mettre du beurre, lire Alexandre Dumas (pour le côté trois mousquetaires), beurrer encore, relire Edgar Poe (pour les paysages romantiques numérisés), beurrer toujours et mêler du Molière, pour donner à l’ensemble un aspect comique et délié. Il faut ensuite retourner le plat dans tous les sens, avec forces ellipses et analepses, et tant pis si l’on n’y comprend rien. Avant d’enfourner, ajouter toute l’histoire britannique, sous forme (...)

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