Une impressionnante chasse à l’homme transcendée par une réalisation saisissante et une approche psychologique tout forte.
L’argument : Quim roule dans une région isolée en suivant une route sinueuse et se perd. En essayant de se repérer, il est soudain la cible de tirs en provenance de la montagne. Alors qu’il tente d’échapper aux projectiles, il rencontre une jeune femme qui semble perdue et vit apparemment le même cauchemar que lui. Méfiants l’un envers l’autre, ils décident néanmoins d’unir leurs forces pour quitter cette forêt hostile, glaciale et semer leurs poursuivants.
Notre avis : Au jeu du chat et de la souris, El rey de la montana n’est pas forcément la production en qui on croyait le plus. Mettant en scène une impitoyable traque à l’homme à travers des paysages montagneux hostiles, cette production ibérique démarre donc comme un survival de plus dans un genre aux formules trop convenues pour pouvoir prétendre nous surprendre encore. Seulement l’exercice fonctionne. Tout d’abord sur le mode du suspense. Les deux jeunes individus sont pourchassés par des individus armés de fusils, des chasseurs à l’identité inconnue qui semble doués du don d’ubiquité. Le mystère frappe de plein fouet alors que les tirs s’acharnent à vouloir décimer tout ce qui bouge. Le cadre naturel rappelle tous les incontournables, de Délivrance à Détour mortel, entre forêt, roche et rivière sauvage. La forêt a des yeux en quelque sorte.
Mais la caméra, inépuisable, fait la différence. Elle scrute inlassablement la moindre émotion sur le visage de Quim et de Béa, deux individus dont on ne sait quasiment rien mais qui paraissent pourtant bien marqués par la vie. Quim, trentenaire un peu dépressif sort d’une séparation, Béa, une jeune voleuse au grand cœur, se refuse à la moindre confidence. Leur peur se fait concrète. Aux blessures physiques s’ajoutent les larmes, si rares pour un homme à l’écran, et une détresse psychologique qui les renvoient inexorablement à la terre nourricière qu’ils saisissent de leurs mains en dernier recours. La terre et la forêt, cette nature matrice de la vie, féconde et mortelle en son sein, semble vouloir achever le cycle de la vie dans la douleur et l’horreur, alors que les caractères présentés incarnent une humanité rare à l’écran. Chose exceptionnelle, cette réflexion s’avère vraie pour les tueurs, aussi implacables soient-ils, alors que leur horrible identité nous est étrangement présentée lors d’un changement de point de vue radical dans un décor à l’abandon, esthétiquement superbe sur une musique rappelant étrangement Sigur Ros. Une réussite intégrale que ceux qui voient plus loin que le bout d’un script sauront apprécier, on l’espère, à sa juste valeur.