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dimanche 8 février 2009

  De sang froid

Morse - La critique

 

 

L'avis des internautes (2 avis -  - Moyenne :  )

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Le Grand Prix Gérardmer 2009, en provenance de Suède qui impose sa sensibilité et son amour pour le fantastique métaphorique sans trahir les amateurs de film de vampires.

L’argument : Oskar est un adolescent fragile et marginal, totalement livré à lui-même et martyrisé par les garçons de sa classe. Pour tromper son ennui, il se réfugie au fond de la cour enneigée de son immeuble, et imagine des scènes de vengeance. Quand Eli s’installe avec son père sur le même pallier que lui, Oskar trouve enfin quelqu’un avec qui se lier d’amitié. Ne sortant que la nuit, et en t-shirt malgré le froid glacial, la jeune fille ne manque pas de l’intriguer... et son arrivée dans cette banlieue de Stockolm coïncide avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses. Il n’en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire. Leur complicité n’en pâtira pas, au contraire...

Notre avis : Là où il y a du sang, il y a de la vie. C’est ce que l’on se dit en sortant de la projection cotonneuse de ce rare représentant de la cinématographie suédoise, le cryptique Morse, un film de vampire où une gamine, pour l’éternité, erre dans un monde en déliquescence. Elle survole la nuit à la recherche de ce sang chaud qui va abreuver sa soif de l’autre et régénérer ses cellules. Il faut dire que de chaleur humaine, elle en a bien besoin dans ce microcosme scandinave où l’horreur sert une belle métaphore ethnologique.
Avant de penser en terme d’épouvante, Tomas Alfredson, pour son premier long, évoque tout d’abord une nation géographiquement déprimée. Sa caméra tente de capter le peu de chaleur qui subsiste dans une banlieue triste de Stockholm au début des années 80, continuellement (ou presque) enveloppée de nuit. Alors que la presse fait ses gros titres sur les crimes d’enfants perpétués dans la bourgade, le cinéaste se plaît à mettre en scène la neige, avec une volupté froide et esthétique, qui, pour autant, ne cherche pas à voler la vedette à l’intrigue vampirique. La neige berce les images, tantôt protectrice avec sa beauté de conte de fées, tantôt destructrice, dans sa faculté à cristalliser les solitudes. Elle impose, de par son omniprésence, une atmosphère réfrigérante, qui, un instant, provoque la peur et l’horreur (le meurtre de l’adolescent des premières minutes), pour ensuite pétrifier le spectateur dans une vie sans mouvement, où l’espèce humaine côtoie quotidiennement le froid et la solitude avec une fatalité qui plombe tous les individus que l’on croise.

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© Chrysalis Films

On côtoie une famille décomposée, le père déchiré par l’alcool, la mère distante et dépassée par l’hermétisme de son fils, des quinquagénaires ravagés - piliers de bar d’un côté, et de l’autre, un homme reclus dans son appartement au milieu de ses chats qu’il ne quitte plus -, des enfants qui s’amusent à torturer le premier rôle du film, Oskar, un môme incompris, martyr d’une cours de récréation où il ne trouve pas le courage de se battre alors qu’intérieurement, sa rancœur, hurle son désir de vengeance, et donc de sang. Ce bouillonnement intérieur, signe d’un désir de vie autre que ce quotidien morose d’humiliation, va immédiatement lier Oskar à sa nouvelle voisine, une intrigante brunette au comportement marginal. Ces deux êtres en quête de sang et donc de communion deviennent l’objet d’une histoire d’amour adolescente rare, à la sensibilité exacerbée, dans laquelle les deux mômes cèdent peu à peu, au gré des flocons, à leur attirance réciproque, malgré les interdits qu’imposent leur différence et le danger.

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© Chrysalis Films

Que les amateurs d’épouvante se rassurent, cette production suédoise ne déroge pas à la règle des scènes d’attaques de vampires et à la mise en place de nombreux effets spéciaux réussis, toutefois, elle se joue de leur code, préférant, au thriller horrifique, sanctifier cette romance hors du commun. De par la grâce et la finesse psychologique de sa caméra, toujours dans la retenue face au risque de mièvrerie qu’elle réfute et à l’excès d’hémoglobine qu’elle limite, Tomas Alfredson fait au final passer la bluette de Twilight, la grande référence dans le teen movie vampirique, pour une imposture avariée, qu’il est bien difficile de revoir après pareille réussite. D’ailleurs, dans l’ombre du succès du blockbuster, se monte actuellement le remake américain de Morse. Comme quoi, les suceurs de sang ne sont pas les seuls à avoir la dent long.

- Les affiches internationales du film
- Notre édito sur le film

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