Enfin disponible en France en DVD, le premier chapitre du reboot de la saga. Une série B à l’ancienne que les amateurs sauront apprécier à sa juste valeur !
L’argument : En mer de Béring, une petite île est la proie d’étranges oiseaux carnivores se nourrissant de ses habitants. Lorsque l’un de ces "Gyaos" subit une mutation physique au contact de la matière radioactive, la situation dégénère. Tokyo se retrouve alors la proie de la créature gigantesque qui cherche un nouveau territoire de chasse. Face à cette menace, le gouvernement va devoir se résoudre à s’allier avec le prédateur ancestral de l’oiseau : le Gamera. Mais une alliance est-elle vraiment possible ?
Notre avis : La saga des Gamera (du nom de la tortue radioactive géante, proche cousine de Godzilla et Mothra), s’est éteinte au début des années 70 après six aventures épiques, laissant un grand vide dans le cœur des amateurs de films de monstre japonais. Aussi, au beau milieu des années 90, les producteurs japonais ont décidé de sa résurrection, alors que la série des Godzilla était sur le point de s’exiler aux USA.
C’est Shusuke Kaneko, l’auteur du sketch central de Necronomicon (1994) et récemment de Death Note (2006) qui a été choisi pour se coller à la réalisation des trois segments de ce reboot triomphal (au Japon du moins, cette nouvelle série étant totalement inédite sur notre territoire). Le cinéaste, fan de "keiju eiga" (ces fameux films de monstre catastrophes nippons), connaît bien ses classiques et avec 4.5M$ réalise une série B à la gloire du roi des effets spéciaux Shinji Higuchi. Comme d’un accord commun, le réalisateur et Higuchi s’engagent peu dans les images de synthèse alors en pleine explosion sur le marché, préférant user et abuser de latex et de décors à l’ancienne qu’ils se font un malin plaisir de détruire. Les technologies modernes seront par contre bien plus présentes dans les deux autres opus sortis respectivement en 1996 et 1999.
De ce fait, Gamera, gardien de l’univers n’a rien d’un produit contemporain ; il s’agit d’une ode à l’exploitation primaire d’un certain cinéma de genre japonais. Shusuke Kaneko et sa bande parviennent à exploiter avec un certain succès la nostalgie des amateurs pour ces séries B tout en altérant certains codes historiques de la saga. Désormais, Gamera est une créature enfouie dans les profondeurs, non plus issue d’une catastrophe atomique, mais émergeant de mythes ancestraux qui font d’elle une entité bienveillante, protégeant l’humanité de menaces qui la dépassent (ici trois oiseaux carnassiers gigantesques, amateurs de viande humaine).
Le plaisir certain que l’on prend face au jeu de massacre de toutes les règles du bon goût occidental n’est pas étranger aux souvenirs lointains de séries télés ovniesques dont on a pu se repaître durant notre enfance. Le jeu approximatif des acteurs, souvent enclins à l’exagération, le caractère factice des FX, palpables de son siège sans que jamais l’on soit face à une technologie 3D, la naïveté des propos qui pourtant s’érigent comme une condamnation louable des dangers du nucléaire, font de ce film la synthèse de tout ce que l’on devrait détester. Et pourtant, en cela réside la petite réussite de ce premier volet. On ressort parfaitement rassasiés par ce déluge d’action éléphantesque et nanardesque. Même si l’intrigue peut paraître répétitive, elle sait aussi être globalement exaltante. Bref, de quoi donner envie de voir la suite, plus portée sur la modernité en matière d’effets spéciaux...
Le DVD
L’éditeur WE Productions propose le film en édition simple ou dans un coffret incluant les trois volets de la trilogie. Culte à souhait !
Les suppléments
Le bonus principal est un passionnant entretien de 31mn avec le responsable des effets spéciaux, Shinji Higuchi, un authentique geek japonais qui se prend au jeu avec beaucoup d’auto-dérision. Parlant des trois films, l’artisan derrière Gamera évoque ses influences animées (Miyazaki, bien sûr), le rôle des images de synthèse ou de la 3D sur les derniers chapitres. Les questions sont drôles et précises (pourquoi les atterissages de Gamera sont-ils toujours aussi laborieux ?), faisant de ce supplément un must du genre pour les fans.
On émettra plus de réserves sur le vidéo-clip musical sur fond d’images de tournage de Gamera. On nage ici dans l’inutilité et le remplissage (4mn17). On préfèrera donc passer vite à la bande-annonce et au teaser japonais, en VO non sous-titré. Vu la durée d’une minute du programme, un petit effort de sous-titrage aurait pu être fait.
Image
Terne et télévisuelle, l’image est à la recherche de ce petit quelque-chose appelé la précision. Globalement décevant à ce niveau, le DVD se regarde sans intérêt esthétique réduisant le film à un statut de curiosité bis.
Son
L’édition étant de facture modeste, il ne faut pas s’attendre ici à une virtuosité sonore. La piste japonaise 2.0 est excessivement plate et aurait bien mérité les reliefs d’un 5.1 pour les parties catastrophes. La VF, difficilement audible en raison de la piètre qualité du doublage, propose indifféremment une piste 2.0 et une 5.1 Dolby Digital. Cette dernière permet d’équilibrer les voix sans pour autant gratifier la bande son d’un travail sur les arrière.