Ambiance électrique sur fond de refoulement. Du grand Almodovar.
Becky Del Paramo, chanteuse et actrice célèbre retrouve sa fille Rebecca après quinze ans d’absence. Cette dernière, présentatrice à la télévision, s’accuse en direct du meurtre de son mari qui n’est autre que l’ancien amant de sa mère. Un juge étrange mène l’enquête.
l’argument : Apres des années d’absence, Becky Del Paramo, célèbre chanteuse pop des années soixante, rentre à Madrid. C’est pour trouver sa fille, Rebecca, mariée à un de ses anciens amants, Manuel. Becky comprend vite que le mariage de Rebecca est un naufrage surtout quand Manuel lui propose de reprendre leur ancienne relation. Une nuit, Manuel est assassiné...
Un an après Attache-moi, Almodovar retrouve Victoria Abril pour Talons aiguilles.
Ce film oscille tout le long entre drame psychologique et intrigue policière. L’enquête n’est certes qu’un prétexte pour mettre en exergue les relations passionnées et compliquées d’une mère démissionnaire et culpabilisée et d’une fille qui a cherché l’amour de celle-ci toute sa vie.
La passion transpire est omniprésente : dans les couleurs pour commencer.
Rouge est le tailleur de Rebecca, rouge le chapeau et le rouge à lèvres de Becky, rouge le mobilier, rouge les sentiments.
Puis les regards, les gros plans saccadés sur les différents protagonistes (lors du dîner de retrouvailes entre la mère, la fille et le mari-amant) achèvent de créer l’ambiance électrique des sentiments refoulés.
La musique de Ryuichi Sakamoto et Augustin Lara, interprétée par Luz Casal donne lieu a de très belles scènes : l’imitation de Becky par Letal, la chorégraphie des prisonnières sans oublier l’émouvante chason Piensa me que Becky dédie à sa fille alors qu’elle passe sa première nuit en prison.
Au-delà de l’aspect mélo, sentimental et policier, Almodovar est et reste un provocateur. Depuis la fameuse motte de beurre dans le Dernier tango à Paris, on n’avait pas vu une scène d’amour aussi originale et suggestive. Rebecca accroché à une barre de traction pendant que Letal se livre à un cunnilingus, il fallait y penser et savoir le filmer sans vulgarité et avec une pointe d’humour !
Emouvant sans tomber dans la mièvrerie, Talons aiguille est l’un des films les plus aboutis du réalisateur espagnol.