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dimanche 10 avril 2005

  Haro sur la tyrannie patriarcale

Padre padrone

 


 
  • Réalisateur - Paolo & Vittorio Taviani
  • Avec - Nanni Moretti - Saverio Marconi - Omero Antonutti  ...Plus
  • Genre - Comédie dramatique
  • Nationalité - Italien
  • Date de sortie   1977
  • Rubrique - Palmes d’or


  • -  Durée : 1h51mn

    Un conte du terroir âpre et cruel mis en scène par deux frères virtuoses au sommet de leur art.

    PALME D’OR, Cannes 1977

    L’argument : Une adaptation du roman autobiographique de Gavino Ledda, sur les ambitions inavouées d’un jeune berger de Sardaigne à l’avenir compromis par le poids de l’hérédité. Il devra s’affranchir du joug paternel pour accéder à l’éducation, au savoir et au verbe, et finalement devenir un linguiste renommé.

    Notre avis : Le cinéma des frères Taviani évoque peu de choses aux jeunes cinéphiles. Contrairement à leurs compatriotes, les Visconti, Fellini ou Ettore Scola, les frangins terribles du terroir italien sont passés de mode. Oublié leur cinéma néo-réaliste à l’arrière-goût de fantastique. Eux qui avaient connu le succès international avec des œuvres marquantes comme La nuit de San Lorenzo ou Good morning Babylonia, n’ont pas réussi à passer le cap des années 90, malgré un Fiorile éclatant, sélectionné à Cannes en 1993. Aujourd’hui, ils officient surtout à la télévision. C’est d’ailleurs à ce média qu’était reservé Padre padrone, puisque avant de devenir un film sélectionné et palmé à Cannes, ce classique du cinéma italien était en fait destiné au petit écran ! La polémique fut d’ailleurs grande lors de la remise des récompenses cannoises, beaucoup contestant le choix d’un téléfilm comme Palme d’or. Mais Rossellini, alors président du Jury, lutta jusqu’au bout, et obtint cette récompense au détriment d’Une journée particulière d’Ettore Scola, avant de s’éteindre, fatigué, une semaine après la cérémonie de clôture.
    Le choix du maître était audacieux, et finalement tout à fait à propos, car pour un spectacle télévisuel, le film des Taviani s’avère être magnifique, de la trempe des plus grands classiques européens des années 70. Cette œuvre allait imposer leur style unique. Avec sa dose de réalisme (le casting partiellement amateur, le choix d’un dialecte comme langue de tournage) et d’onirisme fantaisiste au service d’une volonté politique subtile et pertinente, Padre padrone dresse un portrait effroyable de leur pays, une Italie à deux vitesses où l’archaïsme de certaines régions rurales, dominées par la tyrannie du patriarche patron, se heurtait à l’ascension d’une nation moderne aux impératifs et aux ambitions économiques incompatibles. Les premières victimes du système, des jeunes gens de la campagne profonde, sans éducation, qui ne maîtrisaient même pas la langue nationale, reclus, voire emprisonnés dans leur famille. Le film traite de leur incompréhension. De leur amertume. De leur frustration aussi. Mais surtout de leur haine absolue envers cette société patriarcale qu’ils ont appris à abhorrer dans leur chair. En 2003, MK2 éditait en DVD un coffret regroupant trois classiques des Taviani dont le douloureux et l’universel Padre padrone. Un hommage immanquable pour tout cinéphile averti et curieux.





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