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lundi 29 décembre 2008

  Douloureux fratricide

La trahison -la critique

 


 

Les vieux démons de la guerre d’Algérie de nouveau d’actualité avec cette adaptation spartiate du livre de Claude Sales [1] qui relance le débat sur ce qu’est être français quand on est d’origine étrangère.

L’argument : Algérie 1960. Le lieutenant Roque, aux commandes d’un poste isolé dans le sud-est algérien, doit faire face aux doutes de quatre de ses hommes d’origine musulmane, suspectés de fomenter un massacre dans leur régiment.

Notre avis : Il faut revaloriser le rôle de la colonisation française au collège... La micro polémique a été lancée il y a quelques mois par des professeurs scandalisés par ce que beaucoup considèrent comme une réinterprétation éhontée et déplacée de la réalité historique. Depuis, l’affaire a su trouver écho chez différents groupes et dans les médias, faisant l’objet de débats nécessaires. Effectivement, en 2005, la classe politique française semble encore et toujours rétive à reconnaître ses torts d’ancienne puissance coloniale, en particulier concernant l’Algérie. Le tabou de la guerre d’Algérie perdure.
Peu abordé au cinéma, contrairement à la Première Guerre mondiale dont nos cinéastes semblent épris, le conflit en Algérie fait peur, il met mal à l’aise. Si, un peu plus tôt cette année, Alain Tasma dans Nuit noire abordait intelligemment les conséquences du conflit sur la communauté maghrébine demeurant en France, le réalisateur Philippe Faucon, quant à lui, s’attaque au problème des combattants algériens qui se trouvaient aux côtés de notre armée, en adaptant La trahison, l’autobiographie d’un ancien sous-lieutenant en Algérie, Claude Sales, publiée en 1999. Un choix formidable qui se fait à une échelle minuscule. Faucon n’a disposé que d’un petit budget pour mettre en scène sa guerre, l’obligeant à faire des choix et donc à sacrifier le spectaculaire du conflit pour se concentrer sur la tension psychologique au sein d’un poste français isolé dans le sud algérien. Et cette tension se dessine doucement, sans artifices, en suivant la remise en question de quatre soldats algériens confrontés à un dilemme insupportable : comment servir De Gaulle contre leurs frères arabes alors que les perspectives de reconnaissance française sont nulles. Les idéaux d’égalité dissipés, ils vont inéluctablement évoluer vers la rébellion et rejoindre les fellaghas.


Faucon parvient à retranscrire avec justesse les interrogations et les tourments de ces hommes, en leur opposant la paranoïa de certains membres du régiment pour qui ces intrus ne sont que des accessoires de guerre tout juste bons à servir d’interprètes dans les villages de l’arrière-pays. Le cinéaste met ainsi à mal les idées colonialistes de l’époque et dénonce le deal "main-d’œuvre bon marché contre identité française". L’idée de cette colonisation appose dès lors les notions de totalitarisme et d’utilitarisme, ce que comprennent progressivement les quatre soldats algériens qui finissent par trahir leur patrie d’adoption. Mais heureusement, la France décrite dans La trahison ne se résume pas à ces quelques idées, grâce au personnage central interprété par Vincent Martinez, le lieutenant Roque. Ce dernier, contraint à la suspicion par ses supérieurs, manifeste cependant une grande humanité en comprenant l’inévitable déchirure de ces hommes qu’il côtoie depuis un an. Sobre et stoïque, son personnage ressort finalement comme brisé de l’intérieur par cet "incident" insolite qu’il s’empressera d’effacer de sa mémoire.
Psychologiquement convaincant, le film de Philippe Faucon est néanmoins affaibli par sa réalisation spartiate. La rigueur du budget restreint l’intérêt de son long métrage à son seul propos. Mais en attendant le grand film contemporain sur la guerre d’Algérie, qui saura partager son discours avec un public large, La trahison n’en est pas moins une œuvre signifiante qui a le courage de revenir sur des exactions dont nous ne sommes toujours pas affranchis.





[1] La trahison, Seuil, 1999

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