Une histoire désuète que l’on croirait écrite pour la Bibliothèque verte portée à l’écran par un ancien roi du porno et du nanar franchouillard. La sortie idéale pour une grand-mère et son petit-fils de huit ans.
L’argument : Septembre 1960. Patrick et sa patrouille, Les Aigles, sont en camp scout dans la vallée de Chamonix.
Entre 12 et 16 ans, la hiérarchie, on ne connaît pas ! Surtout chez Les Aigles... Adeptes de jeux dangereux, ils se retrouvent dans le collimateur du chef de troupe qui, à titre punitif, les envoie en randonnée pendant trois jours... Ils devront escalader le massif du Brévent, juste en face du Mont Blanc, 2 500 m d’altitude ! Patrick dirige tant bien que mal ce groupe de huit garçons qui entreprennent l’escalade du Brévent. Ils emportent dans leurs sacs à dos leur inexpérience de la montagne, leur insouciance, leurs contrastes, leurs histoires de filles, la lettre d’une amie, celle d’un frère militaire en Algérie...
Notre avis : Parfum de vieille France. Après Vipère au poing, Monsieur Batignolles, Les choristes, et Les fautes d’orthographe, j’arrête là la liste étant interminable, voici une énième virée dans la France profonde, celle des bons sentiments qui font mouche au box-office grâce aux visages angéliques de gamins à problèmes que l’on croirait sortis d’une autre époque. De bonnes bouilles censées rassurer les exigences morales d’un public du troisième âge en parfait décalage avec leur époque contemporaine, qui généralement se rue sur ce type de programme. On ne se fera pas les chantres de ce cinéma, même si de bonnes choses émergent de temps à autres de cette production florissante. Cependant, Les Aiguilles rouges ne se range pas parmi ces agréables surprises.
Affichant tous les clichés sur la jeunesse des années 60 et sur les différentes classes sociales de la décennie, cette histoire de scoutisme patauge dans une candeur surannée qui aimerait bien prendre des allures de thriller alpin. Toutefois, elle évite de s’étendre sur les zones d’ombre de sa jeunesse et sur le suspense en haute altitude pour se satisfaire d’un récit initatique à petite teneur dramatique. Les ados, qu’on aimerait nous décrire tourmentés et éprouvés par les épreuves qu’ils traversent, peinent par leur jeu limité à insuffler la moindre émotion au récit. Un manque d’incarnation que l’on retrouve dans le scénario. Ici tout le monde est gentil, même s’il n’est pas forcément très heureux. Ces braves gosses, lâchés dans une nature sauvage qui les dépasse, doivent surmonter un orage somme toute inoffensif qui se veut pourtant être le paroxysme de leur tourments et donc de l’intrigue. Cela nourrit peut-être une bande annonce, mais sûrement pas un film.
On se demande bien comment ce projet a pu motiver Jean-François Davy (Prenez la queue comme tout le monde ou Exhibition) à revenir derrière la caméra après plus de vingt ans d’absence. Visiblement les histoires d’ados, même inspirées par sa jeunesse, lui réussissent bien moins que "les histoires d’O". Lui qui s’est taillé une réputation de fer dans l’édition vidéo et DVD (Fil à Film et Opening), il aurait mieux fait de rester dans les coulisses du septième art, plutôt que de revenir avec un long métrage aussi désuet et aussi plat qui au mieux comblera les mômes de huit ans et leurs mamies.